mardi 21 avril 2009

Cartographie par secteur d'activité

Via Infodisiac, j'apprends l'existence d'une étude (en anglais et en pdf) sur la distribution des sujets dans Wikipedia, à travers l'examen de l'arbre des catégories. Il semblerait que près du tiers des articles se raccroche d'une façon ou d'une autre au sujet général « Culture and the Arts ».

L'étude applique cette méthode à la distribution des conflits par sujets. Dans cette approche, religion et philosophie sont les principaux champs de bataille, ces deux sujets possédant un taux de conflit disproportionné par rapport à leur importance dans en:.

Ça semble intéressant et à creuser.

vendredi 10 avril 2009

Apocryphe

C'est un article que j'ai vu passer sur le Bistro d'hier qui m'y a fait penser. L'article s'intitule « les étudiants de la génération Wikipedia sont paresseux » et dit, en gros, que selon les profs, les étudiants sont des fumistes qui s'attendent à ce que tout leur tombe tout cuit dans le bec et que c'est la faute d'Internet (bon, ok, je résume).

Bon, les étudiants sont des imbéciles immatures, tout le monde le sait (soyons honnête, ce n'est pas exactement ce que l'étude citée raconte, même si c'est tout de même ce que l'article sous-entend) : c'est un lieu-commun. C'est bien entendu un gros fantasme qui permet d'éviter de se dire que les temps changent.

Cet épisode m'a rappelé un texte sur lequel j'étais tombé peu de temps après mes débuts sur Internet. Un texte qui donne quatre citations sur la décadence de la jeunesse, avant de signaler qu'elles ont toutes plus de 2 000 ans. Vous pouvez en trouver une copie ici. C'est percutant, bien vu et probablement du pipeau intégral.

Prenez la prétendue citation de Socrate :

« Notre jeunesse [...] est mal élevée, elle se moque de l'autorité et n'a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d'aujourd'hui [...] ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans la pièce, ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais. »

Bon, si c'est Socrate, ça vient presqu'à coup sûr d'un texte de Platon. Et si ça vient de Platon, c'est trouvable sur Internet. Premier problème : l'omniscient Google, lorsqu'on lui demande de chercher une partie de ce texte, ne semble renvoyer que des liens vers ces quatre citations. Déjà, c'est plus que louche. Peut-être est-ce une traduction alternative ? Avec des termes clés, les résultats ne sont pas plus significatifs.

À ce moment là, j'ai besoin de restreindre la cible. Justement, Wikisource me fournit la quasi-totalité des œuvres de Platon directement en texte : il est très facile de faire des recherches dessus. Chou blanc à nouveau. Même La République ne contient pas la citation, et pourtant elle possède son content de conneries.

J'abandonne donc la recherche ; si quelqu'un est plus informé que moi, je suis preneur.

En tout cas, j'aurais passé une dizaine de minutes à faire usage des moyens informatiques actuels et abandonné dès qu'il aura fallu pousser plus loin. C'est totalement le cadre de l'article, mais je pense néanmoins que c'est à côté de la plaque.

jeudi 9 avril 2009

Petit délire mathématique

Articles de Wikipédia portant le nom d'une fraction, par valeur croissante :
Et il y a même 0/0, ce qui prouve que Wikipédia peut tout.

mercredi 8 avril 2009

Laguiole, son village, son fromage, son couteau...

« Je me suis déjà exprimé pour dire qu'à propos des fromages, je trouvais très lourd de faire des pages distinctes pour, d'une part le fromage, et d'autre part le village qui lui a donné son nom. Le fromage peut être décrit comme une spécialité du village. Mais avec Laguiole, on atteint des sommets: un article pour le canton, et un article pour le couteau. Stop! Ne peut-on pas regrouper tout ça ? Le canton peut être décrit dans l'article de la commune, comme c'est fait habituellement, et le couteau est une spécialité locale, à côté du fromage. Ca fera un article bien consistant, mieux que cette dispersion à mon avis bien exagérée... » (Phido, le 12 novembre 2003 sur la page de discussion de l'article en question dans ce passage)

Résultat en 2009 :
Phido, j'espère que tu as été convaincu depuis. :)

mardi 7 avril 2009

Tout ça vient de loin

Il y a un peu plus d'une vingtaine d'années, lorsque l'informatique était encore un hobby complexe et les modems des périphériques sans utilité réelle pour le tout venant, l'un de mes oncles avait tenté d'écrire une sorte d'encyclopédie informatique sur le système solaire. Je m'en suis souvenu l'autre jour en me baladant sur l'article sur le Soleil. Mon oncle (qui était encore adolescent mais que les nettes tendances pédagogiques conduiront à devenir prof par la suite) avait combiné des textes, des schématiques et des liens entre les sujets (je crois qu'il avait été inspiré par HyperCard). Ses études avaient porté un coup d'arrêt à son projet, mais j'avais été raisonnablement impressionné à l'époque. Comme beaucoup de gosses, j'avais à ma disposition quelques bouquins d'astronomie (parfois contradictoires, je m'en suis rendu compte assez vite) mais son idée apportait un plus : la navigation. Et puis on pouvait rajouter les informations nous-mêmes (à condition de les taper en dur dans le code).

En 1995, j'ai commencé à utiliser Internet. Plusieurs personnes avaient déjà utilisé le média dans une optique encyclopédique sur le sujet du système solaire. Le site The Nine Planets, par exemple, contient alors plus d'infos que je n'avais jamais réussi à en trouver en un même endroit (et des liens vers d'autres trucs intéressants en plus !)

En 2009, Wikipédia contient des articles sur chaque caillou qui tourne autour du Soleil, pour peu qu'il soit légèrement intéressant. La quantité d'informations dépasse tout ce que j'ai jamais pu trouver sur le sujet dans le domaine de la vulgarisation. Pourtant, je me dis fréquemment qu'il doit être possible de faire encore mieux. Et assez facilement, en plus.

Je repense à la dizaine de kilo-octets rédigés par mon oncle sur une disquette 5" ¼. Tout était déjà là, en fait : il suffisait juste d'assembler les éléments dans le bon ordre.

dimanche 5 avril 2009

Punition

Je ne dois pas m'énerver et dire n'importe quoi sur le Bistro.
Je ne dois pas m'énerver et dire n'importe quoi sur le Bistro.
Je ne dois pas m'énerver et dire n'importe quoi sur le Bistro.
Je ne dois pas m'énerver et dire n'importe quoi sur le Bistro.
Je ne dois pas m'énerver et dire n'importe quoi sur le Bistro.
Je ne dois pas m'énerver et dire n'importe quoi sur le Bistro.
Je ne dois pas m'énerver et dire n'importe quoi sur le Bistro.
Je ne dois pas m'énerver et dire n'importe quoi sur le Bistro.
Je ne dois pas m'énerver et dire n'importe quoi sur le Bistro.
Je ne dois pas m'énerver et dire n'importe quoi sur le Bistro.

lundi 30 mars 2009

Deux-trois réflexions à propos d'une œuvre contemporaine

Je ne sais pas si beaucoup de gens connaissent Spiral Jetty. Il s'agit d'une œuvre de land art construite par l'artiste américain Robert Smithson en 1973 : une jetée en spirale s'arrachant de la rive nord-est du Grand Lac Salé et s'enroulant au total sur plus d'un kilomètre. Elle est composée de tomberaux de rochers déversés dans le lac. Elle est peu visible. Incidemment, elle est aussi l'une des œuvres majeures du 20e siècle, au même titre que la Recherche de Proust ou 4′33″ de Cage.

Artistiquement, le land art pose des problèmes particuliers : les œuvres qui s'en réclament sont souvent installées dans des coins reculés (voire difficilement accessibles), en dehors de tout champ d'exposition standard (musée, galerie, etc.). Elles défient le principe de conservation, soumises au éléments, condamnées à une dégradation plus ou moins rapide. Bref, elles participent du grand mouvement d'explosion des définitions de l'art du siècle passé.

Par conséquent, le land art pose également des problèmes sur Wikipédia. Je suis allé voir ce qu'on a comme critères sur le sujet. Voici ce que disent les critères de notoriété des arts visuels :

« Doit vérifier l'un des critères :
* être représenté dans les collections d'un musée reconnu.
* avoir réalisé au moins deux expositions personnelles, critiquées ou présentées par des médias nationaux (télévision, radio, presse…) »

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça semble assez radicalement peu adapté à l'art tel qu'on le pratique depuis 1950. Ici comme ailleurs, j'ai comme l'impression qu'on a essayé de pondre des critères avec en tête une idée bien précise de ce qu'est une œuvre artistique, mais que cette conception ne résiste pas dès qu'on creuse un peu.

Le truc ennuyeux, c'est qu'on a réellement besoin de critères pour éjecter les paquets d'articles sur des œuvres anecdotiques ou des artistes méconnus en quête de reconnaissance. Je ne sais pas quel est le problème avec le milieu artistique, mais je reste perplexe devant son incapacité manifeste à intégrer le moindre concept encyclopédique. Tenez, voici un extrait de l'article sur Nils Udo, un artiste allemand lié justement au land art :

« Chez Nils Udo, l'œuvre d'art elle-même a une vie. Elle naît, se développe, vieillit et meurt. C'est une part de la nature ; elle est soumise à ses lois. Il ne pense pas faire ce qu'il fait pour les autres mais pour la nature. C'est avec elle qu'il s'exprime, se découvre et s'enrichit... Il établit avec elle « un dialogue d'ordre spirituel et esthétique ». Ses travaux n'ont jamais un effet destructeur. Il n'hésite pas, même, à créer des œuvres ayant une portée morale : des monuments commémoratifs faits d'arbres morts témoignent des conséquences de notre civilisation. Grâce à ses œuvres, il met les hommes face à la réalité. Leur accusation muette a parfois un tel impact qu'ils doivent être démontés (c'est ce qui s'est produit en Picardie, en 1984). »

Ici, le problème n'est pas l'absence de notoriété (Udo est plus que notable). Ni l'absence de sources (on peut en trouver des tonnes). Le problème, c'est cette accumulation de phrases subjectives, ce lyrisme à peine retenu, ces affirmations qui font systématiquement passer un point de vue pour une vérité. J'aimerais bien pouvoir dire que c'est un cas isolé, mais je retrouve des paragraphes de ce genre dans le cinéma, la musique, la littérature, bref dans les arts en général. Je ne doute pas que la communauté artistique souhaite indiquer qu'une œuvre est un acte, une idée, une pensée plutôt que d'avouer qu'il ne s'agit que d'un pâté de sable amélioré. Mais du point de vue wikipédien, ça ne va pas du tout.

Dans un autre ordre d'idées, tandis que je recherchais des infos sur Spiral Jetty, je suis tombé sur cet ancien article du New York Times qui décrit le travail d'un économiste américain, lequel a appliqué une technique simple pour quantifier l'importance d'une œuvre d'art contemporaine : compter ses apparitions dans les manuels d'histoire de l'art récents. Les historiens de l'art minimisent la pertinence des nombres pour définir l'importance artistique. Le journaliste exagère probablement la polarisation des deux points de vue, mais l'article m'a rappelé l'éternelle opposition wikipédienne entre qualité et quantité.