Affichage des articles dont le libellé est Critères. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Critères. Afficher tous les articles

mercredi 31 mars 2010

Art illégal

J'ai toujours apprécié le street art. J'en aime l'imprévu, l'inattendu, l'absurde, l'irrévérencieux, le décalé, le do-it-yourself, le je-m'en-foutisme, l'improductif, l'éphémère.

J'habite dans un quartier (l'Est parisien) qui en contient quelques exemples. Entre les pochoirs, les collages, les mosaïques, les sculptures, les grafs, les fresques et les techniques que j'oublie, je pense qu'il doit bien y avoir une vingtaine de séries street-artistiques en permanence. Une sacrée galerie d'art. Tenez, sur cette photo que j'ai prise rue de Lappe dans le 11e, le coin de mur compte pas moins de cinq séries distinctes (à vous de les trouver). Et les alentours en contenaient encore d'autres.

Allez, combinons ça à mon dada perso. Sur le street art, Wikipédia est bien légère. fr: possède une catégorie pour ça (forcément francisée en Art de rue) tandis qu'en: tend à dispatcher tout ça dans des tas d'endroits. Normal, quoi.

Sur Wikipédia, on a des critères pour les arts visuels (avec raison, vu tout ce qui passe). Partons du principe que le potentiel wikipédien de mes séries est invérifiable. Pour figurer sur Wikipédia, il faudrait qu'elles soient représentées dans les collections d'un musée reconnu, ou alors que l'artiste ait réalisé au moins deux expositions personnelles, critiquées ou présentées par des médias nationaux.

Comment dire...

Sur Wikipédia, en gros, l'art, c'est pour les musées ou les expos. C'est pas gagné.

Il y a également le problème de l'artiste. Dans ce domaine, les artistes sont bien souvent inconnus hors d'un cercle restreint (et pour cause : ils demandent rarement l'autorisation des propriétaires, ce qui n'incite pas à la publicité). Bref, ils sont littéralement invérifiables.

Et puis comment vous voulez nommer les articles ? Je connais une série qu'on retrouve un peu partout sur les murs du nord-est parisien : un hexagone de faïence contenant un bonhomme stylisé levant les bras, le tout peint de couleurs variables. Comment elle se nomme ? Le bonhomme stylisé aux bras levés dans un hexagone ?

Bien sûr, je connais la réponse toute prête : ça n'a pas à figurer sur Wikipédia. C'est dommage : c'est se priver d'une frange non négligeable de l'art contemporain occidental. Ah oui, avec des grands mots, c'est tout de suite plus impressionnant. J'ai l'impression de prêcher pour ma paroisse, mais c'est dommage, cette tendance à vouloir évacuer par principe tout ce qui ne rentre pas dans un cadre pré-établi. Wikipédia : l'encyclopédie bourgeoise ?

En passant, Commons héberge des photos d'œuvres d'Invader, un artiste qui a placé des mosaïques de Space Invaders un peu partout dans le monde. Pour ce que j'en sais, il s'agit de photo d'œuvres totalement pas libres, mais il parait que le raisonnement est le suivant : "ok, c'est pas libre, mais il demande pas l'autorisation des proprios des murs alors il peut se brosser pour faire un procès à propos d'installations illégales". Je sais pas pour vous, mais ça me semble spécieux. :)

jeudi 25 février 2010

Notability, crowdsourced

À l'initiative de mon frangin, j'ai utilisé récemment last.fm, qui me permet de me la jouer en montrant au monde les trucs bizarres que j'écoute (ou pas, vu que personne ne me connait).

OK, ma vie, vous vous en moquez comme de votre première clé USB. Mais il y a un truc que j'ai trouvé intéressant : last.fm enregistre le nombre de fois qu'un titre a été écouté par ses clients, ce qui permet de faire des stats agrégées (par artiste, par album, par date, par nombre d'écoutes, etc.). Si vous allez , par exemple, vous constaterez que les Beatles ont été écouté plus de 200 millions de fois en cinq ans, par deux millions d'utilisateurs distincts.

Et c'est là que je me dis que c'est utile pour mon autre passe-temps : au lieu d'aller se pignoler avec des critères complexes et forcément voués à l'échec puisque ramant après le train (cette image me semble tout de même étrange), autant aller voir la fiche correspondante sur last.fm : plus de XXX écoutes ? C'est bon, c'est notable. Après tout, ça concentrerait le problème sur l'essentiel : la musique dont on parle, là, elle est connue ou pas ?

Oui, je sais, trompeur, faussé, pas fiable, etc. Personnellement, je ne vois qu'un seul vrai problème à cette approche : il ne serait plus possible de se réfugier derrière des critères arbitraires afin de dégager au maximum les articles qu'on n'aime pas. Bref, le drame. :)

PS : Pour être honnête, avant qu'on ne m'accuse de faire le jeu des fossoyeurs de Wikipédia inféodés à l'argent et à la stupidité des mass-medias, je précise que je ne préconise pas vraiment cette méthode. C'est juste une idée en l'air, comme ça.

lundi 31 août 2009

(___^){

C'est une tradition bien établie : chaque jour, le Bistro débute par des propositions d'articles à créer ou améliorer. Hier, j'ai proposé de créer l'article sur la baleine de Twitter. C'était en même temps une petite blague et une idée bien sérieuse. Petite blague parce que le sujet est obscur et son admissibilité peu évidente. Idée sérieuse, puisque je pensais que ça valait le coup de placer la chose dans les archives.

La baleine de Twitter, c'est l'illustration que vous voyez quand le site est en rade : une fort jolie baleine réveuse, portée dans un filet par huit oiseaux rouges (vous pouvez l'admirer ici). Du fait de la notoriété croissante de Twitter, la baleine (ou Fail Whale en VO) se retrouve désormais un peu partout, comme tout virus mémétique. L'illustration originale s'appelle Lifting Up the Dreamer (et n'a rien à voir avec Twitter, d'ailleurs) ; son article existe désormais sur Wikipédia. Il a été créé par un nouveau contributeur qui passait sur le Bistro et m'a pris au mot, et je l'en remercie. Bien entendu, la demande de suppression a été apposée peu après, et la page de discussion du contributeur originel s'est pris en même temps un bienvenutage ET un avertissement de PàS : comme accueil, on fait mieux. Mais tout s'est bien terminé, la PàS a été close avant même 24 h sur la base d'un score chiraquien pour la conservation et fr: peut s'ennorgueillir de posséder une page sur un sujet récent (et anglophone) que personne d'autre n'a, même pas en:.

Tout ceci est plus important qu'il n'y parait. J'ai souvent entendu des propos du style : « ça ne sert à rien d'écrire un article sur ce sujet, il sera oublié dans deux mois ». Pour moi, ce genre de raisonnement est étrange : si un sujet risque d'être oublié dans deux mois, c'est qu'il faut se presser de l'archiver pour en conserver une trace. Autrement dit, ce n'est pas un argument très pertinent pour la suppression (ou la conservation, d'ailleurs ; c'est juste à côté de la plaque). Et ce que j'aime bien dans Wikipédia, c'est son incroyable capacité à coucher la volatilité du présent sur le disque dur.

Le poster « HOPE » d'Obama ? Il est . Le Rickroll ? Ici. Leeroy Jenkis ? Présent. L'éthique DIY du punk ? Pareil. Les télécommandes qui servent à éteindre les écrans qui vous perturbent dans les bars ? Y'a aussi. Le tréma sur les noms de groupes de metal ? Idem. L'image avec Dieu qui tue des chatons ? Itou. Emily the Strange ? C'est possible. Les Phone traps ? Tu paries. La culture Tiki ? La voilà.

Si j'ai bien compris, la présence de ces sujets désole certains. Pour ma part, j'y vois une chance incroyable. Si la place était limitée, si leur écriture se faisait au détriment de, mettons, la Guerre de Trente ans ou le Barbier de Séville, il est possible que je sois plus réservé. Mais là... Incidemment, les articles de ce style sont nettement plus courant sur en: que sur fr:. Est-ce dû à une meilleure acceptation du folklore dans la culture générale anglo-saxonne ?

Allez, la prochaine fois, faut que je demande à écrire sur les cadenas d'amour.

lundi 30 mars 2009

Deux-trois réflexions à propos d'une œuvre contemporaine

Je ne sais pas si beaucoup de gens connaissent Spiral Jetty. Il s'agit d'une œuvre de land art construite par l'artiste américain Robert Smithson en 1973 : une jetée en spirale s'arrachant de la rive nord-est du Grand Lac Salé et s'enroulant au total sur plus d'un kilomètre. Elle est composée de tomberaux de rochers déversés dans le lac. Elle est peu visible. Incidemment, elle est aussi l'une des œuvres majeures du 20e siècle, au même titre que la Recherche de Proust ou 4′33″ de Cage.

Artistiquement, le land art pose des problèmes particuliers : les œuvres qui s'en réclament sont souvent installées dans des coins reculés (voire difficilement accessibles), en dehors de tout champ d'exposition standard (musée, galerie, etc.). Elles défient le principe de conservation, soumises au éléments, condamnées à une dégradation plus ou moins rapide. Bref, elles participent du grand mouvement d'explosion des définitions de l'art du siècle passé.

Par conséquent, le land art pose également des problèmes sur Wikipédia. Je suis allé voir ce qu'on a comme critères sur le sujet. Voici ce que disent les critères de notoriété des arts visuels :

« Doit vérifier l'un des critères :
* être représenté dans les collections d'un musée reconnu.
* avoir réalisé au moins deux expositions personnelles, critiquées ou présentées par des médias nationaux (télévision, radio, presse…) »

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça semble assez radicalement peu adapté à l'art tel qu'on le pratique depuis 1950. Ici comme ailleurs, j'ai comme l'impression qu'on a essayé de pondre des critères avec en tête une idée bien précise de ce qu'est une œuvre artistique, mais que cette conception ne résiste pas dès qu'on creuse un peu.

Le truc ennuyeux, c'est qu'on a réellement besoin de critères pour éjecter les paquets d'articles sur des œuvres anecdotiques ou des artistes méconnus en quête de reconnaissance. Je ne sais pas quel est le problème avec le milieu artistique, mais je reste perplexe devant son incapacité manifeste à intégrer le moindre concept encyclopédique. Tenez, voici un extrait de l'article sur Nils Udo, un artiste allemand lié justement au land art :

« Chez Nils Udo, l'œuvre d'art elle-même a une vie. Elle naît, se développe, vieillit et meurt. C'est une part de la nature ; elle est soumise à ses lois. Il ne pense pas faire ce qu'il fait pour les autres mais pour la nature. C'est avec elle qu'il s'exprime, se découvre et s'enrichit... Il établit avec elle « un dialogue d'ordre spirituel et esthétique ». Ses travaux n'ont jamais un effet destructeur. Il n'hésite pas, même, à créer des œuvres ayant une portée morale : des monuments commémoratifs faits d'arbres morts témoignent des conséquences de notre civilisation. Grâce à ses œuvres, il met les hommes face à la réalité. Leur accusation muette a parfois un tel impact qu'ils doivent être démontés (c'est ce qui s'est produit en Picardie, en 1984). »

Ici, le problème n'est pas l'absence de notoriété (Udo est plus que notable). Ni l'absence de sources (on peut en trouver des tonnes). Le problème, c'est cette accumulation de phrases subjectives, ce lyrisme à peine retenu, ces affirmations qui font systématiquement passer un point de vue pour une vérité. J'aimerais bien pouvoir dire que c'est un cas isolé, mais je retrouve des paragraphes de ce genre dans le cinéma, la musique, la littérature, bref dans les arts en général. Je ne doute pas que la communauté artistique souhaite indiquer qu'une œuvre est un acte, une idée, une pensée plutôt que d'avouer qu'il ne s'agit que d'un pâté de sable amélioré. Mais du point de vue wikipédien, ça ne va pas du tout.

Dans un autre ordre d'idées, tandis que je recherchais des infos sur Spiral Jetty, je suis tombé sur cet ancien article du New York Times qui décrit le travail d'un économiste américain, lequel a appliqué une technique simple pour quantifier l'importance d'une œuvre d'art contemporaine : compter ses apparitions dans les manuels d'histoire de l'art récents. Les historiens de l'art minimisent la pertinence des nombres pour définir l'importance artistique. Le journaliste exagère probablement la polarisation des deux points de vue, mais l'article m'a rappelé l'éternelle opposition wikipédienne entre qualité et quantité.

mardi 17 février 2009

Critères de geeks

Aujourd'hui, soyons geek et parlons de jeux vidéo. Ou plutôt, des critères sur les jeux vidéo.

Les critères ne sont pas forcément une mauvaise chose en soi : ils permettent de dire à Totor que son projet de fin d'études n'a pas à figurer dans un article sans se prendre la teutê sur la philosophie des cinq piliers de Wikipédia. Bref, d'éliminer à moindre frais les fâcheux qui viendraient râler un peu plus que d'ordinaire en leur soumettant un texte qui a une apparence officielle (ça ne dissuadera par les gros boulets, mais ils ne sont pas trop nombreux heureusement). Y'a quand même un site à faire tourner, il faut être un peu efficace. Ce n'est pas très wikiluv, certes, mais les types en face ne sont pas des bisounours donc ça compense.

Bien ! Maintenant que j'ai correctement dénoncé Trotski, on va pouvoir parler sérieusement ! :)

J'avoue que les critères choisis me laissent un peu dubitatif. Voici le premier point :

« Un jeu sera considéré comme admissible a priori sur Wikipédia s'il est réalisé, édité et distribué par des professionnels, sur le circuit commercial traditionnel. »

Bon, ok. Ce n'est pas fondamentalement idiot : un jeu du « circuit commercial traditionnel » a toutes les chances d'être notable, au sens qu'on peut trouver de la littérature tierce dessus. Bien entendu, on pourrait discuter sans fin de cette obsession wikipédienne pour les sources papiers, mais ce n'est pas le propos : ces jeux peuvent figurer sur Wikipédia sans contestation, tout le monde est d'accord là-dessus, c'était facile (du coup, on peut se retrouver avec un truc aussi obscur et insignifiant que Borderline, mais ne boudons pas notre plaisir). Reste maintenant à définir des critères pour tout le reste et c'est à ce moment là que Wikipédia sort les avirons et se met à ramer comme une équipe d'Oxford en train de perdre devant Cambridge.

Comme vu plus haut, le but des critères est d'empêcher le terrorisme  (certains pensent que c'est pour maintenir un standard de qualitay, mais ils sont délirants). Comme toute loi anti-terroriste, ils sont mal formulés, tombent souvent à côté de la plaque et se focalisent sur des points assez annexes. Dans le cas des jeux vidéo, ils sont en plus à la ramasse quant à la réalité du sujet à la fin de la première décennie du 21e siècle.

Dans l'esprit de tout le monde, j'imagine que : vrai jeu vidéo = truc sorti dans une boîte qu'on peut palper à la Fnac. Le reste peut aller se pendre. Le reste, ce sont les jeux amateurs, les jeux qui ne passent pas par le circuit traditionnel, les jeux hybrides et j'en passe. Tout le reste, donc.

Si j'ai bien compris le truc, le blanc-saing qui est accordé sans aucune distanciation à tout jeu-qu'on-peut-toucher-dans-les-magasins s'étend aux jeux indépendants suffisamment connus pour être potentiellement des jeux-qu'on-peut-trouver-dans-les-rayons. Cool, World of Goo est admissible. J'imagine que Defcon ou Aquaria le sont aussi, même si je ne suis pas sûr qu'ils aient jamais été pressés sur des galettes numériques, mais comme on a dû en parler dans la presse papier, ça roule (et puis les équipes sont des gens payés pour ça, donc c'est sérieux, forcément). Pour Doukutsu Monogatari, ça doit aller aussi : c'est gratuit, uniquement en téléchargement, fait par un Japonais isolé, j'ignore si on trouve des références secondaires dans le monde imprimé, mais suffisamment connu pour résister à un passage en PàS. Par contre, Tank Universal (combat de chars ultra-style dans un univers réminiscent de Tron fait par un type dans son coin), Iji (plate-forme plein comme un œuf également le fait d'un gars isolé), Noctis (vieux truc à la limite du jeu), voire Counterclockwise (un remake sans prétentions de Knot in 3D, lui même obscur titre commercial des années 80), ça doit se discuter fortement : les seules sources d'infos, ce sont des blogs ou des sites spécialisés anglophones, et tout le monde sait que les blogs et les sites, c'est le Mal.

Là, on est encore dans l'opposition binaire jeu indépendant suffisamment reconnu / pas suffisamment reconnu : on ne sort pas vraiment des critères. Mais que penser des jeux distribués autrement que par la voie commerciale classique ? (D'ailleurs, Doom, au début, c'était la voie commerciale classique ? Oui, c'est pas grave puisque le jeu a eu du succès mais c'est justement le cœur du problème.) Prenons les jeux sur téléphones portables : typiquement, ces jeux sont téléchargés et facturés à la demande, bref complètement en dehors du « circuit commercial traditionnel ». J'ai lu récemment qu'iShoot, un jeu d'artillerie pour iPhone, s'était vendu à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires : est-il admissible ? Vortex, dispo en bundle sur les iPod récents, l'est-il ?

Et si on passe aux jeux qui ne sont disponibles qu'à travers un navigateur Internet, que fait-on ? Prenons La Brute (à peine un jeu, mais probablement des milliers d'utilisateurs) ou Virtual Regatta (dont l'édition Vendée Globe a réuni 300 000 joueurs) : ils se situent où, dans tout ce bazar ? Et Grow ? Et Ouverture facile, à la limite du jeu vidéo et du site de puzzle ?

Ensuite, il y a les jeux vidéo qui existent plus en tant que concepts qu'incarnation bien précises, comme Tower Defense ou Escape the Room (MOTAS anyone?). Ou, tenez, les jeux sur IRC : j'ai appris récemment qu'Akeran avait fermé et je me souviens en avoir fait quelques parties il y a plus de 10 ans ; je me rappelle également de Piwi, le bot de #motus. Certes, j'admets que l'admissibilité de ces jeux est discutable, mais je les citais pour illustrer (on va également me dire que ce ne sont pas des jeux vidéo, ce qui risque de me désespérer à ce stade de mon post).

Où je veux en venir ? Eh bien, ce que je tentais d'expliquer, à ma manière fortement convoluée et détournée, c'est que les critères partent d'un intention louable, mais qu'ils tombent rapidement à plat. Ou, plus exactement, ils ne considèrent un sujet que dans son sens le plus évident sans accorder la même importance à ses à-côtés, dérivés, variations et évolutions, alors même que ces points sont les plus concernés. Qui plus est, ils sont figés dans le temps (grossièrement, les critères sur les jeux vidéo sont adaptés pour l'état de l'industrie en 1995, pas en 2009). C'est ennuyeux, car Wikipédia a besoin que les articles circulent.

mercredi 10 décembre 2008

Lost in encyclopedia

Le traitement des sujets non-traditionnels est délicat, sur Wikipédia. La Révolte des Boxers, l'économie du Pakistan, la Flûte enchantée ou le théorème de Pythagore, on sait faire sans problème. Pas parce que se seraient des sujets « encyclopédiques », pas vraiment non plus parce qu'il existe de la littérature dessus ; plutôt parce qu'ils ont été traités dans plein d'autres encyclopédies et que le processus de rédaction est éprouvé. Maintenant, le reste : on en fait quoi ?

Il existe un site web humoristique francophone nommé perdu.com. Site antédiluvien (la première mouture date de 1996), il était très pertinent à cette époque où les moteurs de recherche n'existaient pas vraiment et où naviguer sur Internet nécessitait d'avoir une liste de bookmarks longue comme le bras (c'était l'époque des listes de liens sur les premières pages perso). Tout Internet (du texte, essentiellement) tenait sur quelques téraoctets : une quantité d'information dérisoire aujourd'hui mais dont l'accès était malcommode. Bref, perdu.com représentait quelque chose de concret. De par sa taille (quelques centaines d'octets) et sa mise en page purement textuel, il délivre son message de façon compacte, adaptée aux capacités de l'époque.

Je n'irai pas jusqu'à dire que perdu.com est un site important. C'est juste qu'il existe et qu'il est particulier, à sa manière tordue et bizarre.

Jusqu'à hier, perdu.com ne possédait pas d'article. Seulement voilà, je me suis lamenté sur le Bistro comme quoi ce site ne serait jamais présent sur Wikipédia parce que ce n'est pas le genre de la maison. Forcément, l'article a été créé (j'imaginais que quelqu'un allait le faire). Forcément, il est passé en PàS (aucune surprise non plus). Par contre, et c'est là que je suis étonné, le consensus est clairement en faveur de la conservation (et par 4 voix sur 5, un plébiscite).

Le problème dans tout ça, c'est que les arguments des uns et des autres ne sont pas très probants. Pour être honnête, les arguments en faveur de la suppression sont les plus pertinents, dans un sens : pas de sources sérieuses, impossible de montrer que le sujet est significatif, aucune estimation fiable de la fréquentation. Avouez quand même que ce n'est pas rien ! Le problème : qu'on le veuille ou non, il sera difficile (peut-être impossible) de trouver des éléments de réponse (des sources secondaires sur perdu.com ? Pire encore : des sources secondaires traditionnelles sur perdu.com ? Vous rêvez les yeux ouverts). Dans le même temps, qu'on le veuille ou non, on peut considérer qu'il est dommage de ne pas mentionner le sujet : il signifie quelque chose.

Wikipédia se base sur une approche classique de l'encyclopédisme. Ça marche bien pour les sujets bateaux, ceux qu'on associe aux encyclopédies. Tant que ces ouvrages étaient contraints physiquement (le papier n'est pas extensible) et moralement (une encyclo papier doit faire sérieux pour être vendue), il n'y avaient pas lieu de se poser de questions. Wikipédia a fait exploser ce modèle. Mais si la place n'est plus un problème, le contenu reste problématique. Une critique récurrente (à part le fait que n'importe qui peut éditer n'importe quoi) met l'accent sur la diversité excessive (forcément excessive) de ce qu'on y trouve. Wikipédia, c'est l'encyclopédie des Pokémons, des lignes de chemin de fer et des trucs pas sérieux. Bref, Wikipédia n'est pas digne d'une encyclopédie.

C'est un raisonnement très embêtant. Certes, il est méprisant et néglige l'intérêt de cette accumulation disparate pour les personnes concernées. Mais il a surtout conduit à ne pas s'interroger sur le traitement de ces sujets autrement que sur le mode de l'affrontement entre inclusionnistes et suppressionnistes (je ne considère pas les critères comme une réponse cohérente). Le résultat, c'est qu'après bientôt dix ans, personne n'est capable de répondre simplement à cette question : perdu.com mérite-t-il de figurer sur Wikipédia ? L'article a été créé parce que j'en ai parlé sur le Bistro (ce qui m'inciterait à faire gaffe à ce que je raconte) et il ne sera conservé qu'après un vote non argumenté. En résumé : création parce qu'une personne relativement influente en parle et conservation au doigt mouillé. Dans l'intervalle, la menace de la suppression a été brandie, les forces de l'encyclopédie ont été dispersée, rien n'a été tiré de concret. Je ne sais pas, peut-être qu'il n'est pas possible de traiter de genre d'articles autrement qu'en posant clairement la question : « voulez-vous oui ou non le conserver ? N'expliquez pas pourquoi, dite juste comment vous le sentez. »

Pour la petite histoire, la taille de l'article sur perdu.com dépasse désormais largement celle du site qu'il décrit. Il a déjà connu une vingtaine d'éditions, y compris demandes de références et reverts. La première version de l'article contenait le texte intégral, un bel exemple de copyvio : elle a été purgée. Mais l'auteur, contacté, a accepté de le placer en GFDL. Toute l'histoire de Wikipédia en moins de 24h. Étonnant, non ?

EDIT : j'imagine que je vais en voir passer ici qui vont me dire en gros : « pas de sources, pas de chocolat ». Ce n'est pas le problème. Dans le cas de perdu.com, par exemple, on peut décrire le site et dire depuis quand il existe ; ça produit un article court, mais viable. D'autres vont leur répondre le contraire. Je le répète, ce n'est pas le propos de ce post. D'ailleurs, je préviens direct : tout commentaire qui confondra mon blog avec la page de PàS (dans quelque sens que ce soit) sera impitoyablement passé à la broyeuse.

lundi 29 septembre 2008

La demoscene, ou comment la sourcer

Au début de mon adolescence, vers la fin des années 1980, alors que je commençais à me servir des bestioles qui servaient d'ordinateur personnel à l'époque (oui, je sais, vous avez tous appris l'informatique à l'époque de l'ENIAC, je suis arrivé là dedans sur le tard), je suis tombé sur le phénomène des démos. Si vous ne savez pas ce que c'est, c'est un peu coton à expliquer. En gros, c'est un programme qui n'a pour pour but que de montrer de façon esthétique les capacités programmatrices d'un ou plusieurs individus, en mettant en scène des séquences graphiques et musicales, sans interaction de la part du spectateur. Ça serait un peu comme de l'art vidéo, mais conduit par et pour le code (et réalisé par des adolescents, essentiellement). Bon, allez plutôt voir l'article de WP sur la scène démo, ça sera aussi simple.

Alors, pourquoi je parle de ça, moi ? Béh, c'est un sujet que je connais relativement bien (en tout cas pour la décennie 1988-1998), mais où le sourçage d'info est assez rock'n'roll. M'étonnerait qu'on trouve beaucoup de sources secondaires sérieuses sur le sujet. Bon, y'a bien eu quelques sujets dans Tilt et Joystick, si on veut se limiter au support papier, mais sinon, les infos se pêchent surtout dans le monde électronique et incertain des forums en ligne, des BBS ou, pire, des disk magazines créés spécialement pour l'occasion. Typiquement, on est constamment à la limite de ce qui est acceptable sur Wikipédia (les Pokémons, à côté, c'est du sujet traité par Britannica). Sur fr:, il n'y a guère d'article que sur Second Reality, et il est bien exécrable.  Sur en:, State of the Art et Crystal Dream 2 sur présentes, et c'est à peu près tout. Rien sur Voyage, Odyssey, HumantargetSquare ou Paper, par exemple.

C'est assez étonnant, puisqu'il s'agit d'un sujet monstrueusement, entièrement, intégralement geek, dont on attendrait le traitement sur Wikipédia, le refuge de tout ce que la terre comporte comme boutonneux aux lunettes et aux doigts carrés. Et pourtant non. Il faut avouer que le traitement de la chose est un véritable challenge, ne serait-ce qu'en terme d'admissibilité.

Il y a pire si on commence à s'intéresser aux MOD, ces modules musicaux utilisés (pas exclusivement ceci dit) dans les démos de l'époque... Je me souviens d'un titre, intitulé Klisje På Klisje, et je pense qu'il doit rappeler des trucs à d'autres personnes de mon âge (enfin, j'espère). Je sais qu'il fut assez connu dans le milieu, mais à part qu'il fut composé en 1991 par un certain Walkman des Cryptoburners, nada. Ça fait peu, pour ce morceau, certes musicalement mauvais, mais qui me rappelle toute une partie de ma vie... Hors critères, forcément hors critères...

Lorsque je disparaitrai, cette étrange expertise partira avec moi. Je sais bien que Wikipédia n'a pas pour vocation d'accueillir toute la misère du monde, mais, quand même, c'est un peu bête, non ?

lundi 19 mai 2008

Chiptunes

J'imagine que tout les contributeurs réguliers à Wikipédia ont des articles un peu particuliers en liste de suivi. Moi, je suis celui sur les chiptunes, ce type de musique électronique dont l'origine remonte aux processeurs sonores des vieux ordinateurs. Sur fr:, c'est un article assez peu consulté (environ 700 visites par mois, à comparer aux 12 000 visites que l'article reçoit sur en:), mais pourtant souvent mis à jour, compte tenu de cette faible consultation.

On trouve toujours des artistes qui continuent à créer des musiques de ce style avec les moyens actuels. Du coup, le paragraphe « artistes récents » reçoit régulièrement de nouveaux ajouts. Bien sûr, ça n'est totalement pas notable au sens des critères, mais je m'interroge souvent : pour un style de musique de ce genre, où presque aucun disque n'est jamais publié, où l'essentiel de la production est dématérialisée et où les artistes sont essentiellement connus par le côté underground d'Internet (forums, blogs spécialisés, MySpace, etc.), est-ce que ces critères ne sont pas totalement absurdes ?

dimanche 4 mai 2008

Les critères ! Les critères ! Les critères !

Tiens, j'étais en train de regarder les critères de notoriété pour la musique (c'est le dimanche, je suis en vacances, je glande pas mal). Bon, les critères sur Wikipédia, c'est un peu comme les lois sur l'immigration dans les pays occidentaux riches : ça vise à restreindre le plus possible toute arrivée, par tous les moyens, tout en soutenant qu'on a une politique d'ouverture basée sur le respect mutuel et des méthodes rationnelles. Généralement, pour bien faire, on jette aussi dans le lot « si tu ne partages pas ces critères, tu es pour qu'il y est des articles sur tout », histoire de bien pourir l'ambiance avec un faux dilemme (en plus, on se doute assez peu que, oui, je suis vraiment pour qu'il y ait des articles sur tout, mais c'est accessoire). Les critères, c'est un peu « moi ou le chaos » version Wikipédia.

De façon générale, les critères ne sont qu'une collection de poncifs, lieux communs, décisions arbitraires, limites sans fondements basées sur l'argent, la vente ou la réputation (trois notions qui, dans d'autres endroits de Wikipédia, feraient frémir d'horreur les contributeurs), empilés sans discernement et hypocritement camouflés derrière le terme « recommandation » (j'en ris encore). Le but, bien sûr, n'est pas d'augmenter la qualité générale de Wikipédia (quelle que soit la signification de cette notion, au demeurant tellement floue qu'elle n'a pas la moindre utilité). Le but, c'est de pouvoir virer tout ce qui n'est pas eud'chez nous. À la base, les critères, ils ont été créés par des types totalement dépassés par la progression de Wikipédia et qui se sont dit l'équivalent de « mais, euh, on va quand même pas avoir des articles sur des Pokémons ! » et qui ont décidé d'agir en tentant de déterminer la limite entre ce qui est et ce qui n'est pas (le complexe de Dieu appliqué à l'encyclopédisme, quoi). Allons, vous aussi, vous avez bien une vision super tranchée de ce qui doit figurer sur Wikipédia et ce qui ne doit pas, vision qui n'est basée sur rien de solide mais juste des à priori, alors vous pouvez bien les comprendre, ces pionniers du dérisoire. Forcément, comme tout ce qui permet aux gens de râler à peu de frais et de déployer leur faible pouvoir en tapant sur les autres, c'est probablement devenu la partie la plus mise à jour du namespace Wikipédia et très certainement le centre de gravité de tout le site. Désormais, pour la plus grande Gloire de l'Encyclopédie, on a des critères sur tout, pour tout, en toute circonstance. Pourquoi ceux-là et pas d'autres ? Ben parce qu'il faut bien faire le tri, gros malin. Déjà que les barbares sont à nos portes, on va quand même pas faire confiance aux gens et les autoriser à créer des sujets exogènes, faut pas déconner non plus.

Enfin, donc, j'étais en train de regarder les critères de notoriété pour la musique. Sans surprise, je constate que les critères de base des albums ne doivent permettre d'inclure qu'un petite centaine d'articles à tout casser, sauf bien sûr pour les vainqueurs du Top 50 qu'on peut faire rentrer sans aucun problème. La routine, quoi. Un jour, faudra que je passe en PàS tous les articles qui n'y répondent pas, mais je me ferai dénoncer pour POINT alors que je ne ferai que mon devoir de citoyen. Faut dire que la Justice et la Démocratie, dans le cadre de Wikipédia, c'est des notions qui n'ont jamais été bien comprises (bah oui, comme Wikipédia n'est pas une démocratie, on a mis un point d'honneur à la faire reposer sur l'arbitraire ; parfois je me demande ce qui ne va pas bien dans la tête des contributeurs, mais je sais que c'est juste l'espèce humaine qui est complètement dingue, donc ça va, ça roule). En plus, faudrait un bot pour ça, donc c'est mal barré.

Et puis là, je vois cette phrase prodigieuse :

« Le nombre d'occurrences obtenues avec un moteur de recherche sur Internet, par exemple Google, ne doit en aucun cas constituer la seule source de vérification d'une notoriété. Une recherche sur le net doit être qualifiée (c'est-à-dire qualitative et non quantitative), notamment en éliminant dans la mesure du possible, tout ce qui concerne l'autopromotion et l'autopublicité. »

Alors ça, ça passe tout ce que j'ai pu voir jusqu'à présent ! La quintessence des critères ! Comme ça s'est passé très vite, revoyons l'action au ralenti. On y trouve :
* la haine de Google ;
* le mépris de l'argent ;
* l'usage des termes « autopromotion » et « autopublicité » ;
* le primat de la qualité sur la quantité ;
* le fait que la recherche de notoriété, c'est une affaire de spécialistes (c'est à dire l'auteur de ces lignes, pas vous, hein).

Et le mieux dans tout ça, c'est que c'est complètement stérile ! Cette phrase ne sert strictement à rien d'autre qu'à nous dire, en termes chantournés, qu'une recherche Google brute, il arrive que ça ne soit pas complètement pertinent, ce qu'on savait déjà. Alors, bien sûr, inutile d'espérer qu'on vous explique comment faire les recherches, ce qu'il faut mettre, sur quels critères se baser pour savoir si une recherche est pertinente, dans quelle mesure est-ce que ça peut être valable : rien, nada, nothing, nichts, que dalle. C'est juste que si vous vous défendez en disant « oui mais Google y dit que », on pourra vous tomber sur le râble en répliquant « jeune padawane, rien compris tu n'as, la qualité à la quantité substituer tu dois » et je doute que l'illumination zen vous soit accessible alors.

En plus, vu que la phrase est indiquée en gras, c'est considéré comme un truc vachement important. Quelque part, qu'on considère comme fondamental une phrase aussi creuse et qu'elle doit passer pour une preuve de sagesse auprès de ses adeptes, ça m'angoisse un peu. D'un autre côté, j'ai bien rit, mon taux de cynisme à encore monté et j'ai fait un post pour la première fois depuis des semaines, donc je suis content.