Adoncques me suis pris au jeu de l'art public et urbain. Après m'être tapé tout ce que la Défense compte comme sculptures monumentales, je me suis dis qu'on pourrait passer à la vitesse supérieure. Tiens, justement, il se trouve que j'habite à côté d'un capitale assez riche en éléments de ce genre ; pourquoi pas, alors ?
L'année dernière, j'ai créé une « liste de sculptures en plein air de Paris ». Je ne sais plus pourquoi. Ni pour quelle raison j'avais juste inclus huit statues dans la liste. Et puis c'est resté dans cet état pendant plus d'un an jusqu'à ce que je me dise « basta ! C'est ridicule, faut se bouger un peu, on va jamais arriver à rien sinon. » J'ai réorganisé ça par arrondissement, histoire d'avoir une séparation en paragraphes, et j'ai rajouté un peu ce que je pouvais. À un moment, j'ai renommé la chose en « liste des œuvres d'art public de Paris » puisqu'on dépassait la simple sculpture. Et puis ça a grossi tout seul. Actuellement, on a dépassé les 400 œuvres. Certains arrondissements se taillent la part du lion, bien sûr. Et la plupart des œuvres sont en fait visibles dans trois endroits (les Tuileries, le musée de la sculpture en plein air et le jardin du Luxembourg). Sacré listing quand même. Histoire de ne pas surcharger tout ça, les fontaines, les monuments aux morts et même les cadrans solaires ont leur article propre. Mais je sens qu'il va falloir scinder la liste par arrondissement à un moment.
C'est un boulot assez fun à faire, en réalité. On se confronte très vite à des problèmes très concrets : l'œuvre existe-t-elle toujours ? Est-elle accessible ? D'ailleurs, qu'est-ce qu'une œuvre d'art (là, on n'a pas la réponse, désolé) ? Et puis, le machin, là, tu sais comment il s'appelle et qui l'a réalisé ? À chaque fois, on essaye de mentionner le titre de l'œuvre, sa date de création et son créateur. J'ai été surpris du nombre d'artistes qui possèdent déjà leur fiche sur Wikipédia.
En revanche, la politique officielle de mon pays à ce sujet semble assez claire : surtout, ne donner aucune possibilité de trouver facilement des infos. Tout fragmenter au possible. Réduire les possibilités d'exploration des citoyens. L'art, même urbain, même public, même accessible à 3h du mat' par un type bourré, c'est trop important pour que les gens y aient accès comme ça. Et puis il y a cette fameuse absence de fair use et de liberté de panorama (exemple extrême : l'article sur Maillol est illustré par deux photos prises aux États-Unis et aux Pays-Bas ; pas mal pour un sculpteur français fondamental auquel est dédié tout un espace du jardin des Tuileries, le plus proche du Louvre, avec une vingtaine de sculptures...). Tant pis. Vous voulez que la création française continue à n'être qu'une note en bas de page à partir du XXe siècle ? Persistez dans ce sens, les cocos. Moi, je vais pas aller violer la loi, hein.
Je dis ça, je dis rien, mais les Américains motivés ont accès à toute une base de données fournie par la Smithonian, facilement navigable, avec détails complets et photo éventuelle de 350 000 œuvres. Voilà, voilà... Mais nous, il est vrai que nous avons l'Histoire ; ça doit probablement nous dispenser de faire quoi que ce soit d'entreprenant.
Bref, la liste de Wikipédia sur Paris est probablement unique en son genre. Si c'est pas du service public, je ne sais pas ce que c'est. Elle existe aussi pour la Défense, Ivry-sur-Seine et Guyancourt, trois endroits avec une forte politique locale pour l'implantation d'art dans la ville (et à chaque fois des approches différentes). Si vous habitez ailleurs, lâchez-vous et débutez une liste. Dites-vous : c'est pour le bien de vos concitoyens.
Un dernier point que j'ai déjà évoqué : la notoriété. Curieusement, l'art public n'a jamais été envisagé sur fr: (sur en: non plus, d'ailleurs, si j'en crois ce paragraphe). Comme dit l'un des participants du projet anglais : si c'est créé par un artiste notable ou commissionné par une organisation pour être placée dans l'espace public, c'est sûrement notable. Pour Paris, je ne me fais pas trop de souci, chaque sculpture a sûrement déjà été citée quelque part. Oh, et puis comme on dit chez nous : n'hésitez pas.
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vendredi 30 avril 2010
jeudi 15 avril 2010
Œuvres publiques, œuvres privées
Encouragé par mon billet sur l'art urbain, je me suis pris au jeu de la création d'article. Pour commencer, j'ai ébauché « Art public » ; le terme ne me semble pas très heureux, mais l'article manquait.
Trois ans auparavant, je me suis tapé la liste des œuvres d'art de la Défense. En effet, le quartier de la Défense, outre des tours de bureaux, contient une soixantaine d'œuvres contemporaines réparties à droite à gauche. Je bossais dans le coin et je trouvais ça sympa d'aller les dénicher à la pause de midi (l'ex-EPAD édite une brochure en pdf pas mal du tout sur le sujet).
Cette fois-ci, j'ai pris mon courage à deux mains et je suis allé faire des ébauches sur chacune de ces œuvres. Malheureusement, il y a un gouffre entre l'état de dilettante et celui de conservateur, donc c'est un peu chaud pour moi d'aller plus loin que ça. Mais j'espère que ça se développera. De façon générale, on manque énormément de wikipédisme sur ce type d'œuvres.
Le problème de ces articles, c'est les photos. Actuellement, il n'est possible de placer sur Commons que La Défense de Paris, vu que Barrias est mort en 1905. Après lui, il faudra attendre les dates suivantes pour les œuvres concernées :
Pour la cinquantaine d'autres œuvres, si leur auteur meurt cette année (ce que je ne leur souhaite pas le moins du monde), ça sera après 2081. Bref, on pourra illustrer complètement mon article créé en 2007 bien après le début XXIIe siècle. La Loi est dure, mais c'est la Loi.
Trois ans auparavant, je me suis tapé la liste des œuvres d'art de la Défense. En effet, le quartier de la Défense, outre des tours de bureaux, contient une soixantaine d'œuvres contemporaines réparties à droite à gauche. Je bossais dans le coin et je trouvais ça sympa d'aller les dénicher à la pause de midi (l'ex-EPAD édite une brochure en pdf pas mal du tout sur le sujet).
Cette fois-ci, j'ai pris mon courage à deux mains et je suis allé faire des ébauches sur chacune de ces œuvres. Malheureusement, il y a un gouffre entre l'état de dilettante et celui de conservateur, donc c'est un peu chaud pour moi d'aller plus loin que ça. Mais j'espère que ça se développera. De façon générale, on manque énormément de wikipédisme sur ce type d'œuvres.
Le problème de ces articles, c'est les photos. Actuellement, il n'est possible de placer sur Commons que La Défense de Paris, vu que Barrias est mort en 1905. Après lui, il faudra attendre les dates suivantes pour les œuvres concernées :
- 2047 : Araignée rouge de Calder ;
- 2053 : Stèle Pouvreau de Belmondo ;
- 2054 : Deux Personnages fantastiques de Miró ;
- 2058 : Le Sculpteur de nuages d'Atila ;
- 2059 : Les Bancs et la Pyramide noire d'Aillaud et Ophélie de Fenosa;
- 2063 : La Fontaine des corolles de Leygue ;
- 2069 : Le Pouce de César ;
- 2070 : Fresque monumentale de Dewasne ;
- 2071 : Boréale d'Adam-Tessier ;
- 2075 : L'Escalier et la Place des Degrés de Kowalski ;
- 2076 : Le Moretti de Moretti
Pour la cinquantaine d'autres œuvres, si leur auteur meurt cette année (ce que je ne leur souhaite pas le moins du monde), ça sera après 2081. Bref, on pourra illustrer complètement mon article créé en 2007 bien après le début XXIIe siècle. La Loi est dure, mais c'est la Loi.
Libellés :
Art,
Droit d'auteur,
J'y connais rien mais j'en parle quand même
mardi 6 avril 2010
Wikipédia sauve l'art urbain
L'un des biais qui m'a le plus marqué, dans mon aventure wikipédienne, est cette tendance à considérer le monde immédiat comme quantité négligeable. Pour faire simple : ce qui est mentionné dans les livres, c'est Bien (attention : les VRAIS livres) et le reste n'est ni intéressant, ni encyclopédique.
Cette approche m'a toujours paru étrange : indépendamment des fameux critères de notoriété et des travaux inédits (qui sont deux problèmes annexes, même si on tend à tout mélanger), j'ai souvent eu l'impression que l'idée qu'on se faisait de l'encyclopédie idéale, c'est un gros bouquin qui résume grossièrement ce que les autres ont déjà dit ailleurs : plus le sujet est rebattu, plus il est encyclopédique. Bref, un machin inutile depuis qu'on ne remplit plus les armoires des salons avec des ouvrages en quinze volumes.
Via Twitter, j'ai appris l'existence du projet anglophone Wikipedia Saves Public Art. Son but : créer des articles précis, informatifs et à jour sur les œuvres d'art urbain. Ces œuvres sont bien souvent éphémères, mal documentées, mal aimées : leur conservation est soumise à rude épreuve. Le projet cherche, non pas à les sauver, mais à en garder une trace. Un exemple : la sculpture Zephyr de Steve Wooldridge installée sur le campus d'une université d'Indianapolis en 1998 (avec un article de journal ici pour bien faire).
Je trouve ce projet admirable. J'ai souvent peur que nos préjugés ne nous conduisent à négliger l'environnement dans lequel nous évoluons, juste parce qu'il nous est immédiat. C'est une approche, à mon sens, erronée.
L'autre chose qui m'ennuie, c'est l'écho que recevrait un tel projet dans la Wikipédia qui est la mienne. Si je me créais un article sur l'inénarrable bague de fiançailles de Goldorak à Ivry-sur-Seine, est-ce que ça ne serait pas immédiatement passé par les armes ?
Cette approche m'a toujours paru étrange : indépendamment des fameux critères de notoriété et des travaux inédits (qui sont deux problèmes annexes, même si on tend à tout mélanger), j'ai souvent eu l'impression que l'idée qu'on se faisait de l'encyclopédie idéale, c'est un gros bouquin qui résume grossièrement ce que les autres ont déjà dit ailleurs : plus le sujet est rebattu, plus il est encyclopédique. Bref, un machin inutile depuis qu'on ne remplit plus les armoires des salons avec des ouvrages en quinze volumes.
Via Twitter, j'ai appris l'existence du projet anglophone Wikipedia Saves Public Art. Son but : créer des articles précis, informatifs et à jour sur les œuvres d'art urbain. Ces œuvres sont bien souvent éphémères, mal documentées, mal aimées : leur conservation est soumise à rude épreuve. Le projet cherche, non pas à les sauver, mais à en garder une trace. Un exemple : la sculpture Zephyr de Steve Wooldridge installée sur le campus d'une université d'Indianapolis en 1998 (avec un article de journal ici pour bien faire).
Je trouve ce projet admirable. J'ai souvent peur que nos préjugés ne nous conduisent à négliger l'environnement dans lequel nous évoluons, juste parce qu'il nous est immédiat. C'est une approche, à mon sens, erronée.
L'autre chose qui m'ennuie, c'est l'écho que recevrait un tel projet dans la Wikipédia qui est la mienne. Si je me créais un article sur l'inénarrable bague de fiançailles de Goldorak à Ivry-sur-Seine, est-ce que ça ne serait pas immédiatement passé par les armes ?
mercredi 31 mars 2010
Art illégal
J'ai toujours apprécié le street art. J'en aime l'imprévu, l'inattendu, l'absurde, l'irrévérencieux, le décalé, le do-it-yourself, le je-m'en-foutisme, l'improductif, l'éphémère.J'habite dans un quartier (l'Est parisien) qui en contient quelques exemples. Entre les pochoirs, les collages, les mosaïques, les sculptures, les grafs, les fresques et les techniques que j'oublie, je pense qu'il doit bien y avoir une vingtaine de séries street-artistiques en permanence. Une sacrée galerie d'art. Tenez, sur cette photo que j'ai prise rue de Lappe dans le 11e, le coin de mur compte pas moins de cinq séries distinctes (à vous de les trouver). Et les alentours en contenaient encore d'autres.
Allez, combinons ça à mon dada perso. Sur le street art, Wikipédia est bien légère. fr: possède une catégorie pour ça (forcément francisée en Art de rue) tandis qu'en: tend à dispatcher tout ça dans des tas d'endroits. Normal, quoi.
Sur Wikipédia, on a des critères pour les arts visuels (avec raison, vu tout ce qui passe). Partons du principe que le potentiel wikipédien de mes séries est invérifiable. Pour figurer sur Wikipédia, il faudrait qu'elles soient représentées dans les collections d'un musée reconnu, ou alors que l'artiste ait réalisé au moins deux expositions personnelles, critiquées ou présentées par des médias nationaux.
Comment dire...
Sur Wikipédia, en gros, l'art, c'est pour les musées ou les expos. C'est pas gagné.
Il y a également le problème de l'artiste. Dans ce domaine, les artistes sont bien souvent inconnus hors d'un cercle restreint (et pour cause : ils demandent rarement l'autorisation des propriétaires, ce qui n'incite pas à la publicité). Bref, ils sont littéralement invérifiables.
Et puis comment vous voulez nommer les articles ? Je connais une série qu'on retrouve un peu partout sur les murs du nord-est parisien : un hexagone de faïence contenant un bonhomme stylisé levant les bras, le tout peint de couleurs variables. Comment elle se nomme ? Le bonhomme stylisé aux bras levés dans un hexagone ?
Bien sûr, je connais la réponse toute prête : ça n'a pas à figurer sur Wikipédia. C'est dommage : c'est se priver d'une frange non négligeable de l'art contemporain occidental. Ah oui, avec des grands mots, c'est tout de suite plus impressionnant. J'ai l'impression de prêcher pour ma paroisse, mais c'est dommage, cette tendance à vouloir évacuer par principe tout ce qui ne rentre pas dans un cadre pré-établi. Wikipédia : l'encyclopédie bourgeoise ?
En passant, Commons héberge des photos d'œuvres d'Invader, un artiste qui a placé des mosaïques de Space Invaders un peu partout dans le monde. Pour ce que j'en sais, il s'agit de photo d'œuvres totalement pas libres, mais il parait que le raisonnement est le suivant : "ok, c'est pas libre, mais il demande pas l'autorisation des proprios des murs alors il peut se brosser pour faire un procès à propos d'installations illégales". Je sais pas pour vous, mais ça me semble spécieux. :)
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