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jeudi 20 mai 2010

Malamanteau

« Encyclopedic adj.: limited, censored, excluded, particularly with reference to subjects of which the writer disapproves or of which the writer has no knowledge. »

Pour un sujet donné, il n'existe que deux possibilités : être mentionné sur Wikipédia ou ne pas l'être. L'idée générale, c'est que si c'est notable et vérifiable, ça peut être casé sur le site, mais c'est bien sûr plus compliqué que ça. Comme tout livre sacré qui se respecte, les principes fondateurs ont été écrits bien après le début des événements et ils sont suffisamment flous pour être interprétés comme on le désire. Bref, en pratique, il s'agit surtout de savoir combien de personnes désirent faire figurer le sujet sur WP. S'ils sont plus nombreux que les opposants, c'est gagné (et ces derniers disent que tout est foutu, etc.). C'est classique.

La semaine dernière, le webcomic xkcd a publié un pastiche d'article wikipédien présentant le terme « malamanteau », défini comme « un néologisme désignant un mot-valise créé de façon incorrecte en combinant un abus de langage avec un néologisme ». La syntaxe, la mise en page et les termes choisis trahissent chez l'auteur du webcomic une très bonne connaissance de Wikipédia. Bien sûr, xkcd étant beaucoup lu, il savait parfaitement que son néologisme allait être créé sur Wikipédia. Et comme il en a une très bonne connaissance, il pouvait se douter que ça allait batailler grave. En somme, c'est un bon gros hack de Wikipédia, le meilleur que j'ai vu pour l'instant.

Personnellement, avec mon inclinaison naturelle pour le chaos et l'irrespect léger (je me la joue ? Eh bien je me la joue), je ne peux qu'approuver cette démarche. Vous vous doutez bien que la blague ne fut pas du goût de tout le monde et que des termes comme « irresponsable » furent émis. Wikipédia, c'est sérieux, bordel !

Après une semaine de combat, la page de discussion de l'article a été éditée plus de 1 300 fois. Une page d'archive a été créée, grosse de près de 225 ko et comportant 65 paragraphes. L'article a été consulté plus de 170 000 fois en une semaine, dont 72 000 fois le premier jour. Au final, l'article a terminé sous la forme d'une redirection vers le paragraphe « Themes » de l'article sur le webcomic. Comme ça, l'égo wikipédien est sauf (ainsi probablement que la morale, la culture et certainement la Civilisation occidentale).

Finalement, c'est le site urban dictionary qui résume le mieux l'histoire : « malamanteau: a word defined to infuriate Wikipedia editors ». Ah, c'était drôle tant que ça a duré. :)

Pour ma part, je me dis que le mot pourrait bien être créé sur le Wiktionnaire, avec la Catégorie « hapax en anglais », mais je n'ai pas encore les épaules assez solides pour tenter le coup, cliquer ici, écrire le texte et sauvegarder. On serait capable de me dire qu'un dictionnaire universel n'a pas vocation à recueillir tous les mots, même si leur utilisation est vérifiable. Déjà qu'on me raconte qu'une encyclopédie universelle n'a pas vocation à recueillir tout le savoir...

lundi 15 février 2010

Quid ?

Le Quid se définit comme une encyclopédie.

Je me demande si des pigistes du vénérable pavé se sont déjà cassés en hurlant que la liste des objets par prix au kilo n'est pas encyclopédique

lundi 18 mai 2009

Wolfram Alpha

Quand j'étais plus jeune, je me rappelle les anciens clichés de science-fiction où les protagonistes demandaient qui désiraient des informations sur un sujet, se tournaient vers l'Ordinateur central. Celui-ci retournait une suite de données générales, une déferlante de nombres à l'utilité douteuse mais que les héros, invariablement, réussissaient à interpréter pour poursuivre leurs aventures.

Bien entendu, le concept a été globalement atomisé par le développement d'Internet. Le paradigme du centralisme s'est effacé au profit du distribué et l'idée d'un ordinateur central répondant bénévolement aux requêtes (responsables, toujours responsables) formulées (selon une syntaxe précise, toujours selon une syntaxe précise) par les citoyens parait désormais étrangement obsolète.

Pourtant, malgré sa désuétude, c'est pourtant ce modèle que Wolfram Alpha semble avoir choisi. WA, c'est le tout dernier bidule de recherche en date. Le pitch du bouzin, c'est d'essayer de piger ce que les utilisateur tapent dans la barre de recherche et de fournir non pas des sites y correspondant, mais des réponses contextualisées. L'idée est excellente, évidemment ; je suis plus perplexe sur le reste. Pour ma part, j'ai eu l'impression de revenir aux vieux jeux d'aventure textuels où les actions nécessitaient de trouver la bonne syntaxe. Quant aux résultats affichés, j'avoue qu'en voyant cette amoncellement de données (vitesse moyenne sur l'orbite, croissance du PIB, longueur des paires de bases, etc.), j'ai pensé à Albedo 0.39, une piste de Vangelis du milieu des 70's où une voix désincarnée égrène sur une musique tripante les paramètres orbitaux de la Terre...

OK, je suis injuste. Le site est plutôt chiadé avec ses nuances de gris et d'orange. Les données - pour geekes qu'elles soient - sont plutôt pertinentes. L'idée sous-jacente est prometteuse (valoriser les bases de données innombrables éparpillées aux quatre coins de la planète). Pourtant, je m'interroge un peu sur l'angle d'attaque de Wolfram, qui semble aborder la chose à la manière d'un Quid sur circuit intégré, comme si la seule chose qui avait changé depuis 1975, c'était la puissance de calcul et la capacité mémoire et qu'il s'agissait toujours d'aller interroger les bases d'un ordinateur central par l'intermédiaire d'une ligne de commande améliorée. Une sorte de web 0.5 à l'heure où le 3.0 se prépare, quoi. M'étonne pas que ça plaise aux geeks, tiens. Bref.

Je ne vous parlerais pas de tout ça s'il n'y avait un rapport avec WP. Alpha a été décrit comme un concurrent de Google et de Wikipédia. Outre que ça montre que WP est désormais le standard, cette deuxième comparaison n'est pas stupide. Parce qu'en fait, le trip de WA, c'est de sortir des infoboxes à la volée. Ce que fait le site, ce n'est ni plus ni moins que de la génération automatique d'articles à partir de données externes, suivant les indications fournies par l'utilisateur. Et il faut bien avouer qu'il le fait plutôt bien.

Tenez, prenez l'article wikipédien sur l'astéroïde (1001) Gaussia : une infobox, une ligne de texte et pas grand chose de plus. Regardez maintenant l'équivalent alphien : au bout du compte, c'est sensiblement identique (sauf que WA peut se permettre d'adapter le contenu à la date du jour et à la position de l'observateur). De façon plus caractéristique, un article WP sur le nombre 200 nécessite de tout écrire à la main ; sur WA, l'article est généré à la volée, ce qui est rudement plus efficace.

Alors, bien sûr, WA ne produit pas de contenu encyclopédique à proprement parler. Par contre, il a une capacité formidable pour les à-côté, tout ce qui serait mieux traité par une machine pillant des bases de données que par un contributeur humain. J'ignore la proportion de lecteurs de WP qui pourraient être captés par WA. Si ça se trouve, elle est importante.

Par contre, je regrette un peu que Wolfram ait choisi une approche aussi obsolète (même si je la comprends), comme si les données devaient forcément être rapatriées en interne et traitées par un comité dont on ne connait rien, bref comme si rien n'avait existé depuis 20 ans. Après tout, même si ce n'est pas intuitif, même si ce n'est pas satisfaisant pour un esprit porté sur la structure de la connaissance et la beauté de celle-ci, c'est bien les modèles de Google et de Wikipédia qui ont produit les meilleurs résultats en terme de mise à jour, de réactivité et d'efficacité. Et puis quand je vois le résultat pour Taiwan (oh purée, que vont dire les Chinois ?), je me dis que WA n'a peut-être pas pris conscience des problématiques révélées par WP en terme d'ambiguité ou de neutralité.

Pour finir, deux petits points. WA cite systématiquement ses sources en fin de page. Le truc, c'est qu'on ne sait pas très bien ce qui a été utilisé, ni à quel endroit. D'ailleurs, parmi les sources, on voit l'énigmatique mention de « The Wikimedia Foundation, Inc. Wikipedia. 2009 » ; je me demande si c'est bien GFDL, tout ça... Le deuxième truc, c'est que les articles wikipédiens anglais et français sont nazes et demandent à être améliorés.

mercredi 13 août 2008

Se tromper de but en pensant être sur le bon chemin

Parfois, je me dis qu'il faudrait vraiment que je remplisse ce blog, que j'ai une audience, pas grand chose mais quand même pas rien. Parfois, je le remplis réellement ; c'est plus rare, mais ça m'arrive.

Bref, il y a quelques jours, m'zelle Serein a publié un post sur son blog à propos du traitement de l'Histoire sur Wikipédia, et de son évolution récente. Comme d'habitude, c'est bien pensé, bien écrit et intelligent (Serein, je te jette des fleurs si je veux). Je ne vais pas paraphraser ce qu'elle a dit, mais ça m'a inspiré quelques pensées.

En tout premier lieu, elle a parfaitement raison de dire que « l'amélioration des articles d'histoire contribue à la crédibilisation de Wikipédia ». En fait, je pense que, dans l'imaginaire collectif, l'Histoire est le sujet central d'une encyclopédie (l'Histoire au sens très large, cependant, et pas forcément de la façon dont un authentique historien la comprend). Tiens, d'ailleurs, plusieurs fois, alors que j'évoquais un sujet possible d'article, j'ai déjà lu des commentaires du genre : « on peut faire un article là-dessus, mais à condition qu'il y ait des trucs à dire dessus, comme son histoire » ; c'est revenu régulièrement, assez pour me faire dire que l'Histoire, c'est un peu perçu comme la moelle épinière de Wikipédia. Bon, maintenant, c'est vrai ou pas, mais c'est un autre problème.

N'étant pas historien, j'ai souvent du mal à savoir si un article historique est potable ou pas. En revanche, il y a quand même des sujets dont le traitement m'agace prodigieusement. Dans mon cas, il s'agit des articles de physique (et si c'est de la physique quantique, je désespère — si quelqu'un est capable de piger ou veut en venir l'article sur le spin, il recevra toute ma considération). Y'a cette manie de faire apparaitre des équations en Latex dès que possible (ok, les maths apparaissent très très vite en physique, mais ça me semble être un autre problème ; comme repoussoir, les équations, y'a pas mieux). Y'a surtout cette volonté de traiter des aspects « magiques » de la physique : raconter directos l'historique du sujet, mettre l'accent sur des conséquences pseudo-philosophiques plus ou moins fantasmées, bref évacuer le plus possible toute physique réelle de l'article.

Bon, j'imagine que c'est pareil dans tous les domaines : sur un sujet quelconque, ceux qui ne s'y connaissent pas professionnellement vont mettre en avant des détails qui sembleront hors propos aux autres. C'est un thème récurrent des critiques de Wikipédia, après tout. Et puis il y a quand même des articles pas trop mal.

Si on me demande mon avis, un problème majeur de Wikipédia, c'est la littérature. Raconter les choses. Partir sur une approche romancée. Faire des phrases, même, à la limite. Masquer par du texte qu'on ne maitrise pas vraiment le sujet. Ou, pire, qu'on pense le maitriser, mais qu'on se plante complètement sur ce qu'il faut raconter. Je trouve que trop d'articles labélisés sont surtout de jolies rédactions, avec des titres de paragraphes bien chantournés mais une contextualisation et un enchaînement du contenu assez secondaires, voire douteux. Quand on me dit que les AdQ sont le but de beaucoup de contributeurs, parfois, ça m'angoisse.

jeudi 12 juin 2008

Pontifions sur l'encyclopédisme

Une encyclopédie, c'est « un ouvrage qui fait le tour de toutes les connaissances humaines ou de tout un domaine de ces connaissances et les expose selon un ordre alphabétique ou thématique ». C'est le TLFI qui le dit, donc ça doit pas être trop éloigné de la réalité.

Pour un concepteur d'encylo papier, il y a deux problèmes : la place et la vente. La place, parce que ça en prend, les pages. La vente, parce qu'il faut bien gagner de la thune avec. Il faut donc mettre des infos sur un peu tout, pas trop sinon c'est trop gros, et rédiger le tout pour que le client accepte de payer pour ça. Résultat : faut faire un tri. Faut prendre les sujets suffisamment importants (pour que le lecteur en ait pour son argent) et laisser tomber ce qui n'est pas noble (sinon le lecteur s'estime floué). Pour le style, on va pas donner dans la structure expérimentale, mais plutôt dans l'exposé de classe.

L'encyclo papier, c'est donc un ensemble de volumes qui traitent consensuellement des sujets qu'on s'attend à trouver dans une encyclo papier. C'est tautologique, je l'admets.

Bon, si on veut faire différemment, on écrit le Quid : aucune rédaction et on empile les données comme une pie les objets brillants. Mais ça reste un marché de niche et personne n'ira prendre ça pour une encyclo papier.

Maintenant, Wikipédia. Dès le début, le but a été de produire une encyclopédie. Forcément, le modèle, c'était l'encyclo papier (y'avait rien d'autre). Au début, en: proclamait fièrement vouloir atteindre 100 000 articles et j'imagine que c'était un horizon indépassable. C'est toujours facile de se moquer après coup, et en 2001, personne n'avait dû vraiment se poser la question : on s'arrête où, au juste ? On crée les articles auquel tout le monde pense (les pays du monde, les grandes lignes de leur histoire, les auteurs classiques, ce genre de trucs) et on aboutit très vite en territoire inconnu puisque la contrainte matérielle (et financière) a sauté. Il ne doit pas falloir longtemps pour qu'on se mette à écrire à propos des trucs qui n'étaient pas mentionnés dans les encyclos papier. « Mais on ne va quand même pas créer un article pour chacune des communes françaises ? » Ben si.

D'où à mon sens le problème : confondre les sujets qui n'apparaissaient pas dans les encyclos papiers par manque de place ou par inadéquation avec les attentes du public ciblé (les jeux vidéo, la musique industrielle, la démographie des Samoa américaines, les arrondissements de Marseille) avec les sujets qui n'apparaissaient pas dans les encyclos papier parce qu'ils n'avaient rien à y foutre (par exemple, le chat du voisin*).

À mon sens, c'est un problème fondamental sur Wikipédia : il empêche d'utiliser le médium dans toutes ses capacités. Et il procède d'un blocage plus ou moins inconscient, d'un préjugé ancré par des décennies de pratique, donc difficile à passer outre.

Bon, il est tard, j'ai d'autres trucs à dire, mais je les dirai plus tard.

* Sauf si votre voisin est le Premier ministre anglais, bien sûr.