Le week-end passé, Wikimedia France tenait son assemblée générale. Visiblement, un leitmotiv : les métriques. Quantifions nos performances.
Alors j'ai pondu les miennes, de métriques. Voici ce que j'ai fait sur Wikipédia au mois de novembre 2012.
PS : j'ai piqué la carte sur Commons, il s'agit du fichier Fuller projection.svg par Sting.
mercredi 31 octobre 2012
Compte-rendu d'expédition
L'une de mes photos vient de se placer à la 8e place de l'édition française du concours Wiki Loves Monuments. C'est plutôt cool, je trouve.
L'image représente la Pierre Droite, un menhir du sud de l'Essonne. Ça me fait plaisir, parce que c'est justement une photo dont je suis satisfait et que j'ai délibérément conçue pour le côté artistique plus qu'illustratif. On m'a fait remarquer que j'ai plutôt respecté la règle des tiers, mais je dois avouer que le cadrage a plus été déterminé par la verticalité du menhir, la présence de son ombre au sol et celle des nuages sur la droite. Je trouvais également que la perpendicularité entre la pierre et l'horizon rajoutait à la chose.
Ce n'est pas la seule photo dont je suis artistiquement satisfait que j'ai chargée pour le concours : il en existe trois-quatre autres, comme celle-ci du regard de Saux :
Chouette contraste entre la façade de l'immeuble au fond et l'édicule de pierre devant. En plus, il flottait et la pluie est visible sur la photo, et ça m'amusait d'éviter le cliché du beau temps (même s'il est plus facile de prendre une photo par grand soleil, c'est sûr).
Dans un autre genre, et sous un ciel dégagé, cette vue en plongée de la tour nord de Notre-Dame de Paris :
Curieusement, personne ne l'avait encore prise sous cette angle, sur Commons.
De façon plus mineure, j'ai également photographié à la fois la tour Eiffel et le Louvre :
En revanche, je n'ai pas tenté de charger cette photo du Louvre sous la pluie sur Commons, je sens confusément qu'on m'aurait fait des réflexions à base de NOFOP :
La majeure partie de mes contributions à Wiki Love Monuments (175 en tout, visiblement) ne sont toutefois pas aussi arty : il s'agit de photos illustratives que j'ai chargées parce qu'elles ajoutent des infos sur un édifice, pas parce qu'elles feraient bien sur DeviantArt. C'est d'ailleurs un aspect intéressant du concours : on peut y participer pour plusieurs raisons, comme le critère artistique ou la simple volonté parfaitement wikimédienne d'ajouter sa pierre à l'édifice. Pour ma part, par contre, un point essentiel : je ne serais probablement pas allé chercher ces photos si le concours n'avait pas existé.
Voici grosso-modo mon modus operandi pour le concours : regarder les listes départementales de monuments historiques, cliquer sur le lien Google Maps tout en bas, étudier la carte localisant cette sacrés monuments et trouver un plan d'attaque. Je me suis par exemple tapé la remontée complète de l'aqueduc Médicis de cette façon.
Pour la photo gagnante, j'ai avisé le sud de l'Essonne, un petit coin autour de Buno-Bonnevaux. Pas de photos sur Wikipédia malgré la présence de six monuments protégés dans la zone, dont cinq liés au mégalithisme. Profitant du dézonage de mon pass Navigo le week-end, me voilà donc un samedi matin à la gare de Lyon à attendre un RER D qui me conduira dans le sud de l'Île-de-France. Je dépasse les merveilles d'architecture que sont les gares de banlieue franciliennes (ah la gare d'Évry Génépole en sous-sol, sporadiquement éclairée !) ; les passagers descendent presque tous ; je roule désormais en pleine cambrousse, seul dans le wagon quand j'arrive à la gare de Buno - Gironville, paumée entre le centre de Gironville et celui de Buno-Bonnevaux. Un train par heure dans chaque sens. Paris est à 60 km au nord, le Loiret à 5 bornes au sud.
Sortie de gare, remontée le long d'une départementale quasi sans bas-côtés, à ma gauche une carrière de sable : premier arrêt à la chapelle de Bonnevaux, malheureusement inaccessible derrière la grille du terrain.
La photo dans la boite, j'oblique vers l'est sur un chemin interdit aux véhicules non-riverains. Et tout d'un coup, ça grimpe : je gravis la côte qui sépare le plateau de la vallée de l'Essonne, 50 m de dénivelé en 500 m de chemin. Des deux côtés, la forêt et des vues agréables sur les pentes. C'est bientôt l'ouverture de la chasse ; les panneaux indiquent régulièrement qu'elle est privée ; les abris sont installés, prêts à l'utilisation. Et tout d'un coup, je débarque sur le plateau, les arbres s'effacent et laissent la place à l'immensité plate des champs. Le menhir de la Pierre Droite s'élève tout seul au beau milieu de rien.
C'est une belle bête, de 3,50 m au garrot. Je le photographie un peu de tous les côtés et continue ensuite mon chemin vers le sud, par une petite voie entre les champs. Peu de monde : quelques cyclistes se demandant ce que je fais là, un joggeur au loin (mais que fait-il là ?). Dans le ciel, des planeurs : le coin possède un centre de vol à voile. Dépaysement. J'arrive près de mon troisième check-point et un tracteur fait des allers-retours dans le champ d'à côté ; j'ai le sentiment que son conducteur me regarde d'un œil bizarre... Je synchronise la traversée des pieds de tournesols avec le moment où il s'éloigne de moi, vite vite.
Le polissoir de Grimery. Une longue pierre portant des traces de taille et de polissage. Soigneusement placée au coin d'un bosquet, comme si les parcelles cultivées suivaient une sorte d'héritage néolithique. C'est à la fois émouvant et un peu ridicule. Là encore, photos. Je reviens sur mes pas sur un bon kilomètre et m'engouffre dans une avancée d'arbres sur ma gauche à la recherche d'un hypogée que je ne trouverai pas (aucune indication claire pour le rejoindre et il est impossible d'explorer des sous-bois à la recherche d'un rocher de ce type sans savoir où on va). Mais le coin est sympathique. J'aboutis dans un chemin creux tout vert. Reste de bocage ? Je regagne progressivement la civilisation, maisons de moins en moins espacées, arbres de plus en plus absents. Au pied du clocher de l'église, mon dernier rendez-vous : un autre polissoir.
Celui-ci est affublé d'un grandiloquent « des sept coups d'épée de Roland ». Car Roland, comte des Marches de Bretagne mort dans les Pyrénées, est très certainement passé dans le coin pour affuter son arme dessus. On ne prête qu'aux riches. Après ça, je remonte vers la gare, attends mon train cinq minutes, m'offre le luxe de pouvoir choisir parmi un bon millier de places assises et débute ma remontée vers la capitale.
Et cette balade là, mes amis, sans Wikipédia ou le concours Wiki Loves Monuments, jamais je n'en aurais eu l'idée. Ça aurait été triste, non ?
L'image représente la Pierre Droite, un menhir du sud de l'Essonne. Ça me fait plaisir, parce que c'est justement une photo dont je suis satisfait et que j'ai délibérément conçue pour le côté artistique plus qu'illustratif. On m'a fait remarquer que j'ai plutôt respecté la règle des tiers, mais je dois avouer que le cadrage a plus été déterminé par la verticalité du menhir, la présence de son ombre au sol et celle des nuages sur la droite. Je trouvais également que la perpendicularité entre la pierre et l'horizon rajoutait à la chose.
Ce n'est pas la seule photo dont je suis artistiquement satisfait que j'ai chargée pour le concours : il en existe trois-quatre autres, comme celle-ci du regard de Saux :
Chouette contraste entre la façade de l'immeuble au fond et l'édicule de pierre devant. En plus, il flottait et la pluie est visible sur la photo, et ça m'amusait d'éviter le cliché du beau temps (même s'il est plus facile de prendre une photo par grand soleil, c'est sûr).
Dans un autre genre, et sous un ciel dégagé, cette vue en plongée de la tour nord de Notre-Dame de Paris :
Curieusement, personne ne l'avait encore prise sous cette angle, sur Commons.
De façon plus mineure, j'ai également photographié à la fois la tour Eiffel et le Louvre :
En revanche, je n'ai pas tenté de charger cette photo du Louvre sous la pluie sur Commons, je sens confusément qu'on m'aurait fait des réflexions à base de NOFOP :
La majeure partie de mes contributions à Wiki Love Monuments (175 en tout, visiblement) ne sont toutefois pas aussi arty : il s'agit de photos illustratives que j'ai chargées parce qu'elles ajoutent des infos sur un édifice, pas parce qu'elles feraient bien sur DeviantArt. C'est d'ailleurs un aspect intéressant du concours : on peut y participer pour plusieurs raisons, comme le critère artistique ou la simple volonté parfaitement wikimédienne d'ajouter sa pierre à l'édifice. Pour ma part, par contre, un point essentiel : je ne serais probablement pas allé chercher ces photos si le concours n'avait pas existé.
Voici grosso-modo mon modus operandi pour le concours : regarder les listes départementales de monuments historiques, cliquer sur le lien Google Maps tout en bas, étudier la carte localisant cette sacrés monuments et trouver un plan d'attaque. Je me suis par exemple tapé la remontée complète de l'aqueduc Médicis de cette façon.
Pour la photo gagnante, j'ai avisé le sud de l'Essonne, un petit coin autour de Buno-Bonnevaux. Pas de photos sur Wikipédia malgré la présence de six monuments protégés dans la zone, dont cinq liés au mégalithisme. Profitant du dézonage de mon pass Navigo le week-end, me voilà donc un samedi matin à la gare de Lyon à attendre un RER D qui me conduira dans le sud de l'Île-de-France. Je dépasse les merveilles d'architecture que sont les gares de banlieue franciliennes (ah la gare d'Évry Génépole en sous-sol, sporadiquement éclairée !) ; les passagers descendent presque tous ; je roule désormais en pleine cambrousse, seul dans le wagon quand j'arrive à la gare de Buno - Gironville, paumée entre le centre de Gironville et celui de Buno-Bonnevaux. Un train par heure dans chaque sens. Paris est à 60 km au nord, le Loiret à 5 bornes au sud.
Sortie de gare, remontée le long d'une départementale quasi sans bas-côtés, à ma gauche une carrière de sable : premier arrêt à la chapelle de Bonnevaux, malheureusement inaccessible derrière la grille du terrain.
La photo dans la boite, j'oblique vers l'est sur un chemin interdit aux véhicules non-riverains. Et tout d'un coup, ça grimpe : je gravis la côte qui sépare le plateau de la vallée de l'Essonne, 50 m de dénivelé en 500 m de chemin. Des deux côtés, la forêt et des vues agréables sur les pentes. C'est bientôt l'ouverture de la chasse ; les panneaux indiquent régulièrement qu'elle est privée ; les abris sont installés, prêts à l'utilisation. Et tout d'un coup, je débarque sur le plateau, les arbres s'effacent et laissent la place à l'immensité plate des champs. Le menhir de la Pierre Droite s'élève tout seul au beau milieu de rien.
C'est une belle bête, de 3,50 m au garrot. Je le photographie un peu de tous les côtés et continue ensuite mon chemin vers le sud, par une petite voie entre les champs. Peu de monde : quelques cyclistes se demandant ce que je fais là, un joggeur au loin (mais que fait-il là ?). Dans le ciel, des planeurs : le coin possède un centre de vol à voile. Dépaysement. J'arrive près de mon troisième check-point et un tracteur fait des allers-retours dans le champ d'à côté ; j'ai le sentiment que son conducteur me regarde d'un œil bizarre... Je synchronise la traversée des pieds de tournesols avec le moment où il s'éloigne de moi, vite vite.
Le polissoir de Grimery. Une longue pierre portant des traces de taille et de polissage. Soigneusement placée au coin d'un bosquet, comme si les parcelles cultivées suivaient une sorte d'héritage néolithique. C'est à la fois émouvant et un peu ridicule. Là encore, photos. Je reviens sur mes pas sur un bon kilomètre et m'engouffre dans une avancée d'arbres sur ma gauche à la recherche d'un hypogée que je ne trouverai pas (aucune indication claire pour le rejoindre et il est impossible d'explorer des sous-bois à la recherche d'un rocher de ce type sans savoir où on va). Mais le coin est sympathique. J'aboutis dans un chemin creux tout vert. Reste de bocage ? Je regagne progressivement la civilisation, maisons de moins en moins espacées, arbres de plus en plus absents. Au pied du clocher de l'église, mon dernier rendez-vous : un autre polissoir.
Celui-ci est affublé d'un grandiloquent « des sept coups d'épée de Roland ». Car Roland, comte des Marches de Bretagne mort dans les Pyrénées, est très certainement passé dans le coin pour affuter son arme dessus. On ne prête qu'aux riches. Après ça, je remonte vers la gare, attends mon train cinq minutes, m'offre le luxe de pouvoir choisir parmi un bon millier de places assises et débute ma remontée vers la capitale.
Et cette balade là, mes amis, sans Wikipédia ou le concours Wiki Loves Monuments, jamais je n'en aurais eu l'idée. Ça aurait été triste, non ?
lundi 1 octobre 2012
Comparaisons linguistiques
1 300 000 articles sur Wikipédia en français, 4 065 000 en anglais. en: possède donc 2 765 000 articles de plus que fr:. Soit donc 2,1 fois fr: elle-même. Les Anglophones n'étant pas des gens stupides (même si les Francophones ont parfois tendance à le penser), si on voulait vraiment augmenter la visibilité de fr:, la solution rationnelle consisterait à traduire de l'article anglais à tour de bras.
À chaque fois que j'ai évoqué cette idée, les mêmes ritournelles sont revenues : ces articles ne sont pas forcément bons, d'ailleurs y'a plein d'articles en français qui sont meilleurs qu'en anglais et de toute façon nous n'avons pas la même culture alors c'est pas vraiment possible. J'imagine que si la roue avait été inventée en Angleterre, la France persisterait à ne pas l'utiliser pour cause d'exception culturelle. Ce ne sont que des excuses minables pour éviter d'agir, bien sûr, et sans aucun lien avec la question qui plus est.
Là, j'ai essayé un truc : j'ai pris la liste des capitales du monde, son équivalent anglais et j'ai tout simplement comparé la taille de chacun des articles (capitales + pays) dans les deux langues. Certes, la taille n'est pas un argument qualitatif rigoureux, mais j'ai estimé que de façon générale, plus un article est long, plus il est développé (sur ce genre de sujet, ça me semble cohérent). Pourquoi les capitales ? Parce que ce sont des articles à bonne visibilité et qu'ils forment un groupe homogène tout en couvrant des possibilités d'édition multiples. Histoire d'augmenter un peu la dose d'articles, j'ai tout considéré (États indépendants, territoires d'outre-mer, pays séparatistes, etc. En plus, je n'avais pas envie de me prendre le chou à définir ce qu'est un État ou une capitale).
Ah, et j'ai pris en compte le fait qu'un texte en français est plus long que son équivalent en anglais. À la louche, j'ai estimé ce surplus à 25%.
Si ça vous intéresse, j'ai compilé les résultats dans ce tableau.
En résumé :
Sur 268 articles de capitales :
Sur 249 articles de pays ou territoires :
Dans une optique purement qualitative, sur ce sujet parfaitement bateau, en: enfonce donc complètement fr:. Je n'ai aucune raison de penser que la chose ne se reproduit pas de façon similaire sur le reste des deux encyclopédies — et mon expérience d'utilisateur de Wikipedia me confirmerait nettement cette impression.
Perso, vue la visibilité de Wikipedia sur Internet, si je voulais faire quelque chose pour la francophonie, j'irais de toute urgence embaucher des traducteurs.
À chaque fois que j'ai évoqué cette idée, les mêmes ritournelles sont revenues : ces articles ne sont pas forcément bons, d'ailleurs y'a plein d'articles en français qui sont meilleurs qu'en anglais et de toute façon nous n'avons pas la même culture alors c'est pas vraiment possible. J'imagine que si la roue avait été inventée en Angleterre, la France persisterait à ne pas l'utiliser pour cause d'exception culturelle. Ce ne sont que des excuses minables pour éviter d'agir, bien sûr, et sans aucun lien avec la question qui plus est.
Là, j'ai essayé un truc : j'ai pris la liste des capitales du monde, son équivalent anglais et j'ai tout simplement comparé la taille de chacun des articles (capitales + pays) dans les deux langues. Certes, la taille n'est pas un argument qualitatif rigoureux, mais j'ai estimé que de façon générale, plus un article est long, plus il est développé (sur ce genre de sujet, ça me semble cohérent). Pourquoi les capitales ? Parce que ce sont des articles à bonne visibilité et qu'ils forment un groupe homogène tout en couvrant des possibilités d'édition multiples. Histoire d'augmenter un peu la dose d'articles, j'ai tout considéré (États indépendants, territoires d'outre-mer, pays séparatistes, etc. En plus, je n'avais pas envie de me prendre le chou à définir ce qu'est un État ou une capitale).
Ah, et j'ai pris en compte le fait qu'un texte en français est plus long que son équivalent en anglais. À la louche, j'ai estimé ce surplus à 25%.
Si ça vous intéresse, j'ai compilé les résultats dans ce tableau.
En résumé :
Sur 268 articles de capitales :
- 2 n'existent pas en français
- 1 n'existe pas en anglais
- 22 sont d'une taille similaire, de l'ordre de 20% en plus ou en moins (10 concernent des territoires francophones)
- 19 sont plus grands en français (13 concernent des territoires francophones)
- 224 sont plus grands en anglais ; parmi ceux-ci, 80% font plus du double.
Sur 249 articles de pays ou territoires :
- 13 sont d'une taille similaire (5 territoires francophones)
- 12 sont plus grands en français (9 territoires francophones)
- 224 sont plus grands en anglais, dont 80%, là encore, font plus du double en taille
Dans une optique purement qualitative, sur ce sujet parfaitement bateau, en: enfonce donc complètement fr:. Je n'ai aucune raison de penser que la chose ne se reproduit pas de façon similaire sur le reste des deux encyclopédies — et mon expérience d'utilisateur de Wikipedia me confirmerait nettement cette impression.
Perso, vue la visibilité de Wikipedia sur Internet, si je voulais faire quelque chose pour la francophonie, j'irais de toute urgence embaucher des traducteurs.
samedi 15 septembre 2012
Le laisser-faire est le meilleur allié des suppressionnistes
Connaissez-vous Know Your Meme ? Selon les termes de Wikipédia, Know Your Meme est un site documentant les mèmes Internet. Bref, c'est une encyclopédie spécialisée dans ce que le monde produit de plus anecdotique. Je la consulte de temps en temps quand je sens qu'une référence m'échappe (c'est plus pratique que d'aller demander à 4chan). J'y songe également dès que je vois passer sur Wikipédia une phrase du genre : « ce sujet n'a absolument aucun intérêt, il n'y a rien à en dire, on ne peut absolument pas le traiter de façon encyclopédique ». Oh, si vous saviez comme on peut, quand on veut...
Bref.
Paris compte quelque chose comme 6 000 voies de ciculation. La plupart disposent d'un article dédié sur Wikipédia. Mais tout ça ne s'est pas fait en un jour, houla non ! Il a fallu des années pour en arriver là.
Commençons par le plus central : la liste des rues parisiennes (qui a subi son content de renommages). L'article naît le 23 juin 2004 ; il comporte alors 22 voies parisiennes. Quelques noms sont rajoutés assez vite, suffisamment pour nécessiter un découpage alphabétique dès le lendemain. Les choses vivotent pendant deux années, quelques rues étant rajoutées à la liste quand l'envie s'en fait sentir. Et puis, les 7 et 8 septembre 2006, une IP réalise des ajouts systématiques, faisant passer le texte de 15 751 à 113 065 octets. Pourtant, la liste n'est pas encore exhaustive. Ce n'est que le 18 mai 2008 que je tente de résoudre ce problème (faisant passer le texte à plus de 152 000 octets). L'article culmine le 25 janvier 2010 à 167 731 octets, avant que je ne me décide à tout scinder dans des articles par arrondissement, vu que ce n'était clairement plus possible. Depuis, l'article est stable.
Je résume : 2 ans d'ajouts marginaux avant une première tentative de complétion, 4 ans avant un essai d'exhaustivité, 6 ans avant d'obtenir une mise en forme lisible et utilisable. Clairement, les voies de Paris ne sont pas la priorité des Wikipédiens.
Mais je n'ai parlé que de la liste : qu'en est-il des articles spécifiques ? Eh bien, disons qu'au début 2011, 10 ans après les débuts de Wikipédia, on pouvait estimer que moins de la moitié des voies parisiennes y figuraient, sans véritable plan, créées au petit bonheur la chance. Le 15 avril 2011, doublement incité par la politique d'opendata parisienne et une absence complète de perspective d'activité au boulot, je décidais de dégainer AutoWikiBrowser et de créer les 3 000 voies restantes.
Je vais vous faire un aveu : je ne referai plus ça. J'ai cru devenir dingue. Contrairement à ce que certains affirment, je ne dispose pas du flag bot, donc AWB me demande confirmation avant chaque édition. C'est un truc à se fondre le cerveau. Et la main qui tient la souris. Mais bon, au moins, c'était fait.
Régulièrement, les rues parisiennes sont proposées à la suppression : manifestement, la perspective d'écrire une bafouille sur des voies de circulation est choquant. Je me souviens de ma première PàS sur le sujet, le passage du Sud. À l'époque, l'article avait été conservé par absence de consensus. La dernière concerne la rue Paul-Strauss et aboutira vraisemblablement à la conservation de l'article. Mais je voudrais citer ici l'argument de suppression : « Si on continue à citer sans raison particulière n'importe quelle rue de n'importe quelle ville, wikipedia ressemblera à mappy en moins bien. » Cher contributeur, je comprends très bien ta peur que Wikipédia finisse par avoir beaucoup trop de contenu (je ne la partage pas, ceci dit). Mais tu n'as pas à t'en faire : les rues de Paris ne représentent même pas 0,5% de la Wikipédia francophone et il a fallu une décennie pour aboutir à un ensemble à peu près complet d'articles. À moins d'un changement radical dans les possibilités d'éditions, Wikipédia ne ressemblera jamais à Mappy. Et tu sais pourquoi ? Parce que c'est méga-ennuyeux à faire.
Je ne comprends pas pourquoi on voudrait s'acharner à pondre des critères sur ce genre de sujets. Il est bien plus efficace de se contenter de dire aux gens la même chose que pour le reste : « faites ce que vous avez envie de faire. »
PS : je n'ai pas envie de discourir sur le pourquoi du comment de l'utilité d'avoir un article spécifique sur chaque rue de Paris, ni ici, ni dans les commentaires. Le concept wikipédia n'est plus tout neuf et vous avez eu amplement l'opportunité de vous y familiariser depuis le temps.
Bref.
Paris compte quelque chose comme 6 000 voies de ciculation. La plupart disposent d'un article dédié sur Wikipédia. Mais tout ça ne s'est pas fait en un jour, houla non ! Il a fallu des années pour en arriver là.
Commençons par le plus central : la liste des rues parisiennes (qui a subi son content de renommages). L'article naît le 23 juin 2004 ; il comporte alors 22 voies parisiennes. Quelques noms sont rajoutés assez vite, suffisamment pour nécessiter un découpage alphabétique dès le lendemain. Les choses vivotent pendant deux années, quelques rues étant rajoutées à la liste quand l'envie s'en fait sentir. Et puis, les 7 et 8 septembre 2006, une IP réalise des ajouts systématiques, faisant passer le texte de 15 751 à 113 065 octets. Pourtant, la liste n'est pas encore exhaustive. Ce n'est que le 18 mai 2008 que je tente de résoudre ce problème (faisant passer le texte à plus de 152 000 octets). L'article culmine le 25 janvier 2010 à 167 731 octets, avant que je ne me décide à tout scinder dans des articles par arrondissement, vu que ce n'était clairement plus possible. Depuis, l'article est stable.
Je résume : 2 ans d'ajouts marginaux avant une première tentative de complétion, 4 ans avant un essai d'exhaustivité, 6 ans avant d'obtenir une mise en forme lisible et utilisable. Clairement, les voies de Paris ne sont pas la priorité des Wikipédiens.
Mais je n'ai parlé que de la liste : qu'en est-il des articles spécifiques ? Eh bien, disons qu'au début 2011, 10 ans après les débuts de Wikipédia, on pouvait estimer que moins de la moitié des voies parisiennes y figuraient, sans véritable plan, créées au petit bonheur la chance. Le 15 avril 2011, doublement incité par la politique d'opendata parisienne et une absence complète de perspective d'activité au boulot, je décidais de dégainer AutoWikiBrowser et de créer les 3 000 voies restantes.
Je vais vous faire un aveu : je ne referai plus ça. J'ai cru devenir dingue. Contrairement à ce que certains affirment, je ne dispose pas du flag bot, donc AWB me demande confirmation avant chaque édition. C'est un truc à se fondre le cerveau. Et la main qui tient la souris. Mais bon, au moins, c'était fait.
Régulièrement, les rues parisiennes sont proposées à la suppression : manifestement, la perspective d'écrire une bafouille sur des voies de circulation est choquant. Je me souviens de ma première PàS sur le sujet, le passage du Sud. À l'époque, l'article avait été conservé par absence de consensus. La dernière concerne la rue Paul-Strauss et aboutira vraisemblablement à la conservation de l'article. Mais je voudrais citer ici l'argument de suppression : « Si on continue à citer sans raison particulière n'importe quelle rue de n'importe quelle ville, wikipedia ressemblera à mappy en moins bien. » Cher contributeur, je comprends très bien ta peur que Wikipédia finisse par avoir beaucoup trop de contenu (je ne la partage pas, ceci dit). Mais tu n'as pas à t'en faire : les rues de Paris ne représentent même pas 0,5% de la Wikipédia francophone et il a fallu une décennie pour aboutir à un ensemble à peu près complet d'articles. À moins d'un changement radical dans les possibilités d'éditions, Wikipédia ne ressemblera jamais à Mappy. Et tu sais pourquoi ? Parce que c'est méga-ennuyeux à faire.
Je ne comprends pas pourquoi on voudrait s'acharner à pondre des critères sur ce genre de sujets. Il est bien plus efficace de se contenter de dire aux gens la même chose que pour le reste : « faites ce que vous avez envie de faire. »
PS : je n'ai pas envie de discourir sur le pourquoi du comment de l'utilité d'avoir un article spécifique sur chaque rue de Paris, ni ici, ni dans les commentaires. Le concept wikipédia n'est plus tout neuf et vous avez eu amplement l'opportunité de vous y familiariser depuis le temps.
samedi 25 août 2012
Protection

Donc. Wiki Loves Monuments. Le retour.
Je résume :
- 2009 : 1 pays, 5 400 photos
- 2010 : 1 pays, 12 600 photos
- 2011 : 19 pays, 169 000 photos
- 2012 : 36 pays, l'upload de masse débute le 1er septembre.
Le but du bouzin, c'est de photographier des monuments historiques. Maintenant : c'est quoi, un monument historique ? Alors ça, c'est une très bonne question. En France, c'est un truc qui a été cité dans une liste publiée au journal officiel. Un monument historique, c'est plus une question de thunes qu'autre chose. C'était explicitement le cas au tout début en 1840 et ça n'a pas vraiment changé depuis. Les raisons qui poussent à la préservation du patrimoine sont multiples : une lubie patrimoniale soudaine, emmerder McDonald's, conserver des immeubles sans autre intérêt que de faire bien bien dans l'alignement des tours de la cathédrale, la peur de voir le monde évoluer et de perdre un environnement sécurisant parce que connu, et j'en passe. Parfois, c'est même pour protéger un édifice architecturalement important, c'est dire. En France, les monuments historiques, il ne faut jamais perdre de vue que c'est essentiellement un bidule bureaucratique, pas un argument touristique ou éducatif (ça peut l'être aussi, mais ce n'est pas lié). Je n'ai aucune raison de penser que c'est différent dans les autres pays.
Malgré ses défauts, il faut bien avouer que cet ensemble de protections permet de savoir quoi voir quand on est dans le coin. Maintenant, vous avez envie de voir du monument protégé, mais manquez de temps pour éplucher la base de données. Voici quelques idées :
- Le dolmen de la Table, un vestige paumé parmi les vasières de Noirmoutier, distant des côtes de plus de 4 km et submergé à peu près tout le temps. Celui là, si vous le chopez, vous aurez gagné la palme de la photo de MH la plus inaccessible.
- La maison Lemoine, le monument devenu historique le plus rapidement possible ces dernières années : construite pour les époux Lemoine à Floirac par Koolhaas en 1998, protégée en 2002. Je crois que c'est un record, même la protection des plates-formes d'artilleries allemandes de la Première Guerre mondiale a mis plus longtemps.
- La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, parce qu'elle n'est justement pas protégée comme monument historique et que j'espère que ça restera comme ça, qu'on n'ira pas classer cette grosse meringue revancharde, construite par de sales réacs meurtriers pour humilier les habitants de Paris.
- La centaine de devantures parisiennes en verre églomisé, protégées dans un bel élan en 1984. Histoire de pouvoir participer avec une photo de traiteur chinois.
- L'île aux Marins, si vous êtes de passage à Saint-Pierre-et-Miquelon.
- Les édicules Guimard du métro parisien, parce que si vous les prenez en photo, vous ne pourrez pas les charger sur Commons avant la fin de cette année, droits d'auteur obligent. Qui a dit que vous deviez vous balader juste pour prendre des photos pour Commons ?
- Les cadrans solaires de Vermenton et de la Groirie, parce que le premier est protégé comme édifice et le deuxième comme objet sans que j'arrive à comprendre la logique.
- La borne milliaire de Limoges, détruite en 1893 et classée l'année suivante. Ah, oui, parfois, y'a des couacs.
- Les innombrables croix et bornes dont l'emplacement n'est pas précisé, ce qui peut intéresser les amateurs de geocaching. Parce que quand on vous dit juste qu'une croix est protégée quelque part dans une commune, sans autre indication, ça peut devenir un vrai challenge. Surtout s'il y en a plusieurs, des croix, dans la commune.
Enfin, baladez-vous, quoi. N'hésitez pas à prendre en photo des édifices pas protégés, c'est bien aussi. La dernière fois que je suis allé à Provins, j'ai fait un large détour en dehors du centre-ville pour aller voir un lavoir même pas classé et c'est certainement la meilleure idée que j'aurai eu ce jour là.
mercredi 15 août 2012
' ’ ʼ ʻ ʽ ʾ ʿ ˈ ̓ ̕ ՚ ‘ ‛ ` ´ ′ ʹ ‵ Ꞌ ꞌ
« It feels like a bad joke. And like everything else in hell, it is deadly serious. »
(Neil Gaiman, The Sandman)
(Neil Gaiman, The Sandman)
Quand j'étais p'tit, les distractions étaient rares et la France, dans une midlife crisis typique des gens un peu aisés tétanisés par toute cette abondance et ces possibles, tentait d'émuler la grisaille totalitaire des dictatures communistes. Le livre imprimé était l'un des rares loisirs disponibles (avec le sport et la musique ; le cinéma était bien trop cher pour n'être autre chose qu'un jouet de riches oisifs parisiens et j'étais bien trop jeune pour le sexe) et c'était le seul culturellement acceptable. Une fois par semaine, y'avait à la télé une émission intitulée « Apostrophes », présentée par Bernard Pivot, qui parlait de bouquins. Enfin, j'imagine que c'était le postulat de base : je pense que la majorité des gens la regardaient en espérant que les invités allaient se foutre sur la gueule, vomir sur les micros, dénoncer la censure ou plus généralement se comporter de façon lamentable. Bref : qu'ils s'apostrophent.
Dans pas mal de langues utilisant l'alphabet latin, on trouve un signe nommé l'apostrophe, qui à tout un tas de fonctions. En français, on l'utilise principalement pour marquer l'élision. Pour tout un tas de raisons techniques, on l'écrit généralement au clavier avec le caractère « ' » (touche « 4 » chez moi). Apparemment, ça date des machines à écrire qui n'avaient pas des tonnes de place et où les constructeurs ont regroupé tout un tas de symboles assez proches sur la même touche (l'apostrophe, le guillemet simple, le prime, etc.). À peu de choses près, tout le monde s'en fout. S'il faut mettre en forme (genre, si on imprime un livre), d'autres se chargent de courber l'apostrophe.
Techniquement, le standard Unicode code deux caractères comme apostrophes :
- « Commandes C0 et latin de base : 0027 - APOSTROPHE ; le caractère recommandé pour indiquer l'apostrophe est 2019. »
- « Ponctuation générale : 2019 - GUILLEMET-APOSTROPHE ; caractère recommandé pour indiquer l'apostrophe. »
Évidemment, pas point final.
Si vous êtes extérieur à Wikipédia, vous ne savez pas qu'on est capable de s'engueuler pour des détails complètement abstrus (par « engueuler », je veux dire que si les participants étaient en face dans la vraie vie, la Justice devrait prononcer des condamnations pour meurtre). L'apostrophe fait partie de ces non-débats récurrents. La trivialité du sujet l'a élevé au rang de guerre religieuse. Ces deux dernières semaines, on en trouve mention sur les bistros des 30 juillet, 5 août, 8 août, 9 août, 10 août, 13 août... Au total, plus de 20 000 mots ont été écrits sur le sujet ces 15 derniers jours, soit la taille d'un petit roman. Aucune solution n'a été trouvée par aucune des parties.
Le but de cette lutte à mort ? L'utilisation de l'apostrophe courbe (celle des typographes) au lieu de l'apostrophe droite (celle des claviers ordinaires). Bien entendu, personne n'a dit : « béh, si c'est votre trip de mettre des apostrophes courbes quand y'en a, ok, c'est un wiki, tout le monde édite ce qu'il veut comme il veut, mais on va pas se prendre le chou avec ça. » Des lignes de tranchées séparent désormais « Eux » de « Nous ». Tout le monde doit prendre position. La courbure de l'apostrophe, tu l'aimes ou tu la quittes.
Perso, je trouve l'apotypo kawaii, mais pas suffisamment pour que je m'emmerde à la taper (je ne vois pas la différence quand je lis et quand j'écris à la main, l'inclinaison de mes apostrophes se barre dans tous les sens et jamais personne ne m'a fait de remarque à ce sujet). Je suis donc passablement agacé par le courant de pensée qui estime que c'est le VRAI caractère, celui qu'il FAUT écrire, que Wikipédia DOIT utiliser, que les autres sont dans l'ERREUR. Les enfants, l'historique de vos caractères, je m'en bats les couilles avec une pelle à gâteau. L'apostrophe droite est apparue pour répondre à un besoin, oblitérant l'apostrophe courbe au passage ? C'est pas la première fois que les caractères se modifient pour répondre à une limitation technique. Ça ne fait pas de l'apostrophe courbe le dépositaire unique de la sapience ancestrale, honteusement spoliée par l'apostrophe droite, ce traitre à la solde des lobbies et des multinationales. En d'autres termes : ce n'est pas parce que l'apostrophe était courbée dans le temps qu'on en a quelque chose à faire. Le rétablissement de la courbure était important pour vous ? Vous n'aviez qu'à le demander gentiment au lieu de prétendre détenir la vérité.
Un exemple de ce qui m'agace : premier paragraphe de l'article « Apostrophe ». Mépris institutionnalisé, infos présentées comme la seule vérité, références à l'appui. Et, je le rappelle, dès le premier paragraphe. Cette crispation sur un point de détail me rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, la réforme orthographique française de 1990, lorsque des légions de types qui n'y connaissaient rien (des hommes, toujours des hommes possédant un certain pouvoir culturel) venaient vous expliquer doctement que si « nénuphar » devait s'écrire avec un « f », ce serait la fin de la Civilisation Occidentale. L'apostrophe a changé ? Faites avec. Le monde tourne ; vous êtes peut-être contre, mais j'aimerais bien ne pas le rater, moi. Votre supériorité morale, elle me gonfle.
Sinon, Apostrophe (') est également le titre d'un album de Frank Zappa — incidemment typographié avec une apostrophe droite sur la pochette de l'album, qui figure en tête d'article. Et comme je suis sympa, je vous file la chanson éponyme, simplement intitulée Apostrophe, sans le caractère :
PS : j'avoue, je n'ai en réalité écrit ce billet que pour placer une musique de Zappa.
mercredi 1 août 2012
WP is for DWEM
« Les attitudes radicales et petit-bourgeoises ne sont pas très éloignées l'une de l'autre ; toutes deux portent les œillères des esprits bornés »
(György Ligeti, 1971)
(György Ligeti, 1971)
Jeudi dernier, j'ai décidé de rentabiliser mon tout neuf statut de chômeur[1] en rentrant dans le Louvre à la recherche du pavillon des Sessions. Pour y accéder, il faut traverser la moitié du musée, en particulier la loooooooooongue galerie des peintures, qui contient des trucs à boire et à manger. Juste avant de tourner à gauche, on passe par une salle qui contient ces deux tableaux, l'un à côté de l'autre :
Giovanni Paolo Panini, Galerie de vues de la Rome antique (vers 1758)
Giovanni Paolo Panini, Galerie de vues de la Rome moderne (vers 1759)
Ce sont deux œuvres de Giovanni Paolo Panini, un peintre italien du 18e spécialisé dans les vedute et les capriccio. Deux tableaux d'un fort beau gabarit (plus de 2 m de haut sur 3 de large), riches de détails, dépeignant chacun une galerie imaginaire remplie de tableaux tout aussi fantasmés[2] représentant pour l'un des édifices de la Rome antique (temples, etc.), pour l'autre ceux de la Rome contemporaine de l'auteur (villas, etc.). Le jeu, bien entendu, est d'en identifier le maximum (j'ai reconnu le Panthéon et le Colisée ; j'espère que vous ferez mieux que moi).
J'en ai profité pour m'entrainer à la photo de tableau en musée sans trépied, chargé tout ça sur Commons ensuite. La résolution n'est pas tip-top, ma mise au point n'est pas bien carrée, mais c'était cool quand même. Et puis je me suis dit que j'allais améliorer les articles Wikipédia correspondants. Et là, les difficultés ont commencé.
Il se trouve que ces tableaux ne sont que les 3e exemplaires peints des même sujets (visiblement, c'était un créneau porteur). Les premiers sont à la Staatsgalerie de Stuttgart et au musée des beaux-arts de Boston ; les seconds sont tous deux exposés au MET à New York. Les dimensions sont à chaque fois différentes. Les sujets représentés également. Quant aux titres, il est fort probable que Panini n'en a jamais fourni de son vivant (nommer les œuvres à leur création, c'est un acte assez récent quand on y songe). Et ensuite, Wikipédia te demande de remplir l'infobox Art, qui ne prend en compte qu'un titre, une taille, une date et un musée par œuvre. Ah ben oui, facile. J'ai mis le détail de la première version, même si ça n'a pas vraiment de sens.
Quelques jours auparavant, j'ai rédigé deux-trois mots sur le Poème symphonique de György Ligeti. C'est une chouette performance qui nécessite 100 métronomes, qu'on laisse battre jusqu'à l'arrêt :
La première de l'œuvre a provoqué un beau scandale, le public ne s'attendant pas à ce genre d'expérience (réciproquement, Ligeti ne s'attendait pas à ce genre de public). On avait un clash d'expectations : le public aurait sûrement accepté l'œuvre dans un autre contexte, mais pas dans celui d'un festival de musique classique. Toutes proportions gardées, Wikipédia reproduit cette incompréhension : l'infobox Musique classique (œuvre), la seule qui soit pourtant appropriée, est bien en peine pour décrire l'œuvre.
Il existe une œuvre de John Cage intitulée 4′33″, qui consiste en 4 minutes et 33 secondes de rien du tout. Outre qu'il s'agit à mon avis d'un parfait exemple de troll artistique, elle est fantastique parce qu'elle se revêt de tous les habits de la musique classique, elle en reprend tous les codes, tous les clichés tout en omettant précisément l'essentiel : la musique. Cette vidéo explique la chose mieux que moi :
John Cage, 4'33, joué par William Marx au McCallum Theatre de Palm Desert, en Californie.
Vous avez tout : la solennité, le silence du public, le costume du musicien, ses gestes précis et sans hésitation au service d'une représentation théatralisée, la sobre présentation initiale de l'œuvre par le commentateur, le salut final, bref. Sur Wikipédia, l'article est catégorisé comme « œuvre pour piano ». Vraiment ?
Wikipédia a beau être un concept disruptif[3], ses contributeurs ramènent forcément avec eux leurs propres préjugés et préconceptions. Dans le cas des œuvres d'art, cela signifie qu'on peut définir un gabarit descriptif (nom, taille, auteur, etc.). Oh, bien sûr, ce n'est pas vraiment très grave : ça ne devient ennuyeux que lorsque ça commence à être préjudiciable à la rédaction. Là, le problème, c'est qu'on a un cadre pré-formaté dans lequel on suppose que vont tomber tous les exemples d'un sujet donné. Ça serait bien embêtant, quand même, de vérifier que l'hypothèse Sapir-Whorf peut-être appliquée à un wiki... Et puis vous imaginez les ennuis quand on arrive à l'art contemporain, genre l'art sonore ou du land art étalé sur des km² ?[4]
Où je veux en venir, donc ? Sur Wikipédia, on pond des éléments de rédaction structurants, des critères d'admissibilité, on case les articles dans des cases comme on peut. C'est OK, il faut bien bosser. Mais on oublie trop vite (ou, dans certains cas, on ignore sciemment) que ce cadre brise rapidement toute approche un peu différente. Et c'est justement les approches différentes qui ont fait le succès de Wikipédia. Il serait dommage que le projet d'encyclopédie universelle tourne au bout du compte à une auto-validation des a priori de la classe dirigeante occidentale contemporaine, non ?
[1] Rien de bien grave, ne vous en faites pas.
[2] Et, parmi ces tableaux imaginaires, des reproductions en miniature d'autres tableaux du peintre lui-même. Totalement méta.
[3] Je ne trouve pas la traduction « perturbateur » de l'anglais « disruptive » très bonne, désolé.
[4] D'ailleurs, la réaction traditionnelle face à ce genre de réalisation, c'est : « non mais c'est pas de l'art, ça. »
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