samedi 25 août 2012

Protection

'Va être facile pour aller le photographier, ce monument là.
Donc. Wiki Loves Monuments. Le retour.

Je résume :
  • 2009 : 1 pays, 5 400 photos
  • 2010 : 1 pays, 12 600 photos
  • 2011 : 19 pays, 169 000 photos
  • 2012 : 36 pays, l'upload de masse débute le 1er septembre.
Si j'ai bien suivi l'histoire, il semblerait que le concours soit pas encore tout à fait bien mis en place, mais avec la semaine qui reste, j'imagine que ça devrait s'arranger (enfin j'espère). Si j'ai bien compris, il est également d'usage de dire du mal du concours, parce qu'amateurisme, Commons, gratuité, tout ça. Je sais pas, je trouve plutôt ça cool.

Le but du bouzin, c'est de photographier des monuments historiques. Maintenant : c'est quoi, un monument historique ? Alors ça, c'est une très bonne question. En France, c'est un truc qui a été cité dans une liste publiée au journal officiel. Un monument historique, c'est plus une question de thunes qu'autre chose. C'était explicitement le cas au tout début en 1840 et ça n'a pas vraiment changé depuis. Les raisons qui poussent à la préservation du patrimoine sont multiples : une lubie patrimoniale soudaine, emmerder McDonald's, conserver des immeubles sans autre intérêt que de faire bien bien dans l'alignement des tours de la cathédrale, la peur de voir le monde évoluer et de perdre un environnement sécurisant parce que connu, et j'en passe. Parfois, c'est même pour protéger un édifice architecturalement important, c'est dire. En France, les monuments historiques, il ne faut jamais perdre de vue que c'est essentiellement un bidule bureaucratique, pas un argument touristique ou éducatif (ça peut l'être aussi, mais ce n'est pas lié). Je n'ai aucune raison de penser que c'est différent dans les autres pays.

Malgré ses défauts, il faut bien avouer que cet ensemble de protections permet de savoir quoi voir quand on est dans le coin. Maintenant, vous avez envie de voir du monument protégé, mais manquez de temps pour éplucher la base de données. Voici quelques idées :

  • Le dolmen de la Table, un vestige paumé parmi les vasières de Noirmoutier, distant des côtes de plus de 4 km et submergé à peu près tout le temps. Celui là, si vous le chopez, vous aurez gagné la palme de la photo de MH la plus inaccessible.
  • La maison Lemoine, le monument devenu historique le plus rapidement possible ces dernières années : construite pour les époux Lemoine à Floirac par Koolhaas en 1998, protégée en 2002. Je crois que c'est un record, même la protection des plates-formes d'artilleries allemandes de la Première Guerre mondiale a mis plus longtemps.
  • La basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, parce qu'elle n'est justement pas protégée comme monument historique et que j'espère que ça restera comme ça, qu'on n'ira pas classer cette grosse meringue revancharde, construite par de sales réacs meurtriers pour humilier les habitants de Paris.
  • La centaine de devantures parisiennes en verre églomisé, protégées dans un bel élan en 1984. Histoire de pouvoir participer avec une photo de traiteur chinois.
  • L'île aux Marins, si vous êtes de passage à Saint-Pierre-et-Miquelon.
  • Les édicules Guimard du métro parisien, parce que si vous les prenez en photo, vous ne pourrez pas les charger sur Commons avant la fin de cette année, droits d'auteur obligent. Qui a dit que vous deviez vous balader juste pour prendre des photos pour Commons ?
  • Les cadrans solaires de Vermenton et de la Groirie, parce que le premier est protégé comme édifice et le deuxième comme objet sans que j'arrive à comprendre la logique.
  • La borne milliaire de Limoges, détruite en 1893 et classée l'année suivante. Ah, oui, parfois, y'a des couacs.
  • Les innombrables croix et bornes dont l'emplacement n'est pas précisé, ce qui peut intéresser les amateurs de geocaching. Parce que quand on vous dit juste qu'une croix est protégée quelque part dans une commune, sans autre indication, ça peut devenir un vrai challenge. Surtout s'il y en a plusieurs, des croix, dans la commune.

Enfin, baladez-vous, quoi. N'hésitez pas à prendre en photo des édifices pas protégés, c'est bien aussi. La dernière fois que je suis allé à Provins, j'ai fait un large détour en dehors du centre-ville pour aller voir un lavoir même pas classé et c'est certainement la meilleure idée que j'aurai eu ce jour là.

mercredi 15 août 2012

' ’ ʼ ʻ ʽ ʾ ʿ ˈ ̓ ̕ ՚ ‘ ‛ ` ´ ′ ʹ ‵ Ꞌ ꞌ

Frank Zappa is watching you.
« It feels like a bad joke. And like everything else in hell, it is deadly serious. »
(Neil Gaiman, The Sandman)

Quand j'étais p'tit, les distractions étaient rares et la France, dans une midlife crisis typique des gens un peu aisés tétanisés par toute cette abondance et ces possibles, tentait d'émuler la grisaille totalitaire des dictatures communistes. Le livre imprimé était l'un des rares loisirs disponibles (avec le sport et la musique ; le cinéma était bien trop cher pour n'être autre chose qu'un jouet de riches oisifs parisiens et j'étais bien trop jeune pour le sexe) et c'était le seul culturellement acceptable. Une fois par semaine, y'avait à la télé une émission intitulée « Apostrophes », présentée par Bernard Pivot, qui parlait de bouquins. Enfin, j'imagine que c'était le postulat de base : je pense que la majorité des gens la regardaient en espérant que les invités allaient se foutre sur la gueule, vomir sur les micros, dénoncer la censure ou plus généralement se comporter de façon lamentable. Bref : qu'ils s'apostrophent.

Dans pas mal de langues utilisant l'alphabet latin, on trouve un signe nommé l'apostrophe, qui à tout un tas de fonctions. En français, on l'utilise principalement pour marquer l'élision. Pour tout un tas de raisons techniques, on l'écrit généralement au clavier avec le caractère « ' » (touche « 4 » chez moi). Apparemment, ça date des machines à écrire qui n'avaient pas des tonnes de place et où les constructeurs ont regroupé tout un tas de symboles assez proches sur la même touche (l'apostrophe, le guillemet simple, le prime, etc.). À peu de choses près, tout le monde s'en fout. S'il faut mettre en forme (genre, si on imprime un livre), d'autres se chargent de courber l'apostrophe.

Techniquement, le standard Unicode code deux caractères comme apostrophes :On a donc le choix entre « ' » et « ’ ». Le premier est directement accessible, le second nécessite un copier-coller, une combinaison de touches ou la modification du paramétrage de l'ordinateur. La différence est minime et je doute qu'une personne lambda soit vraiment capable de faire la différence à moins qu'on lui mette le nez dessus. Probablement qu'elle dirait alors : « ah ouais, tiens », avant de faire autre chose. Ces trucs là, on attend des typographes qu'ils s'en préoccupent, vu que c'est leur boulot ; les autres vont se balader pendant ce temps. Ah, oui, si le second caractère était standard sur les claviers, ça serait forcément différent. Mais voilà : il ne l'est pas. Ah. Bon. Point final.

Évidemment, pas point final.

Si vous êtes extérieur à Wikipédia, vous ne savez pas qu'on est capable de s'engueuler pour des détails complètement abstrus (par « engueuler », je veux dire que si les participants étaient en face dans la vraie vie, la Justice devrait prononcer des condamnations pour meurtre). L'apostrophe fait partie de ces non-débats récurrents. La trivialité du sujet l'a élevé au rang de guerre religieuse. Ces deux dernières semaines, on en trouve mention sur les bistros des 30 juillet, 5 août, 8 août, 9 août, 10 août, 13 août... Au total, plus de 20 000 mots ont été écrits sur le sujet ces 15 derniers jours, soit la taille d'un petit roman. Aucune solution n'a été trouvée par aucune des parties.

Le but de cette lutte à mort ? L'utilisation de l'apostrophe courbe (celle des typographes) au lieu de l'apostrophe droite (celle des claviers ordinaires). Bien entendu, personne n'a dit : « béh, si c'est votre trip de mettre des apostrophes courbes quand y'en a, ok, c'est un wiki, tout le monde édite ce qu'il veut comme il veut, mais on va pas se prendre le chou avec ça. » Des lignes de tranchées séparent désormais « Eux » de « Nous ». Tout le monde doit prendre position. La courbure de l'apostrophe, tu l'aimes ou tu la quittes.

Perso, je trouve l'apotypo kawaii, mais pas suffisamment pour que je m'emmerde à la taper (je ne vois pas la différence quand je lis et quand j'écris à la main, l'inclinaison de mes apostrophes se barre dans tous les sens et jamais personne ne m'a fait de remarque à ce sujet). Je suis donc passablement agacé par le courant de pensée qui estime que c'est le VRAI caractère, celui qu'il FAUT écrire, que Wikipédia DOIT utiliser, que les autres sont dans l'ERREUR. Les enfants, l'historique de vos caractères, je m'en bats les couilles avec une pelle à gâteau. L'apostrophe droite est apparue pour répondre à un besoin, oblitérant l'apostrophe courbe au passage ? C'est pas la première fois que les caractères se modifient pour répondre à une limitation technique. Ça ne fait pas de l'apostrophe courbe le dépositaire unique de la sapience ancestrale, honteusement spoliée par l'apostrophe droite, ce traitre à la solde des lobbies et des multinationales. En d'autres termes : ce n'est pas parce que l'apostrophe était courbée dans le temps qu'on en a quelque chose à faire. Le rétablissement de la courbure était important pour vous ? Vous n'aviez qu'à le demander gentiment au lieu de prétendre détenir la vérité.

Un exemple de ce qui m'agace : premier paragraphe de l'article « Apostrophe ». Mépris institutionnalisé, infos présentées comme la seule vérité, références à l'appui. Et, je le rappelle, dès le premier paragraphe. Cette crispation sur un point de détail me rappelle les heures les plus sombres de notre histoire, la réforme orthographique française de 1990, lorsque des légions de types qui n'y connaissaient rien (des hommes, toujours des hommes possédant un certain pouvoir culturel) venaient vous expliquer doctement que si « nénuphar » devait s'écrire avec un « f », ce serait la fin de la Civilisation Occidentale. L'apostrophe a changé ? Faites avec. Le monde tourne ; vous êtes peut-être contre, mais j'aimerais bien ne pas le rater, moi. Votre supériorité morale, elle me gonfle.

Sinon, Apostrophe (') est également le titre d'un album de Frank Zappa — incidemment typographié avec une apostrophe droite sur la pochette de l'album, qui figure en tête d'article. Et comme je suis sympa, je vous file la chanson éponyme, simplement intitulée Apostrophe, sans le caractère :


PS : j'avoue, je n'ai en réalité écrit ce billet que pour placer une musique de Zappa.

mercredi 1 août 2012

WP is for DWEM

« Les attitudes radicales et petit-bourgeoises ne sont pas très éloignées l'une de l'autre ; toutes deux portent les œillères des esprits bornés »
(György Ligeti, 1971)

Jeudi dernier, j'ai décidé de rentabiliser mon tout neuf statut de chômeur[1] en rentrant dans le Louvre à la recherche du pavillon des Sessions. Pour y accéder, il faut traverser la moitié du musée, en particulier la loooooooooongue galerie des peintures, qui contient des trucs à boire et à manger. Juste avant de tourner à gauche, on passe par une salle qui contient ces deux tableaux, l'un à côté de l'autre :


Ce sont deux œuvres de Giovanni Paolo Panini, un peintre italien du 18e spécialisé dans les vedute et les capriccio. Deux tableaux d'un fort beau gabarit (plus de 2 m de haut sur 3 de large), riches de détails, dépeignant chacun une galerie imaginaire remplie de tableaux tout aussi fantasmés[2] représentant pour l'un des édifices de la Rome antique (temples, etc.), pour l'autre ceux de la Rome contemporaine de l'auteur (villas, etc.). Le jeu, bien entendu, est d'en identifier le maximum (j'ai reconnu le Panthéon et le Colisée ; j'espère que vous ferez mieux que moi).

J'en ai profité pour m'entrainer à la photo de tableau en musée sans trépied, chargé tout ça sur Commons ensuite. La résolution n'est pas tip-top, ma mise au point n'est pas bien carrée, mais c'était cool quand même. Et puis je me suis dit que j'allais améliorer les articles Wikipédia correspondants. Et là, les difficultés ont commencé.

Il se trouve que ces tableaux ne sont que les 3e exemplaires peints des même sujets (visiblement, c'était un créneau porteur). Les premiers sont à la Staatsgalerie de Stuttgart et au musée des beaux-arts de Boston ; les seconds sont tous deux exposés au MET à New York. Les dimensions sont à chaque fois différentes. Les sujets représentés également. Quant aux titres, il est fort probable que Panini n'en a jamais fourni de son vivant (nommer les œuvres à leur création, c'est un acte assez récent quand on y songe). Et ensuite, Wikipédia te demande de remplir l'infobox Art, qui ne prend en compte qu'un titre, une taille, une date et un musée par œuvre. Ah ben oui, facile. J'ai mis le détail de la première version, même si ça n'a pas vraiment de sens.

Quelques jours auparavant, j'ai rédigé deux-trois mots sur le Poème symphonique de György Ligeti. C'est une chouette performance qui nécessite 100 métronomes, qu'on laisse battre jusqu'à l'arrêt :



La première de l'œuvre a provoqué un beau scandale, le public ne s'attendant pas à ce genre d'expérience (réciproquement, Ligeti ne s'attendait pas à ce genre de public). On avait un clash d'expectations : le public aurait sûrement accepté l'œuvre dans un autre contexte, mais pas dans celui d'un festival de musique classique. Toutes proportions gardées, Wikipédia reproduit cette incompréhension : l'infobox Musique classique (œuvre), la seule qui soit pourtant appropriée, est bien en peine pour décrire l'œuvre.

Il existe une œuvre de John Cage intitulée 4′33″, qui consiste en 4 minutes et 33 secondes de rien du tout. Outre qu'il s'agit à mon avis d'un parfait exemple de troll artistique, elle est fantastique parce qu'elle se revêt de tous les habits de la musique classique, elle en reprend tous les codes, tous les clichés tout en omettant précisément l'essentiel : la musique. Cette vidéo explique la chose mieux que moi :


John Cage, 4'33, joué par William Marx au McCallum Theatre de Palm Desert, en Californie.

Vous avez tout : la solennité, le silence du public, le costume du musicien, ses gestes précis et sans hésitation au service d'une représentation théatralisée, la sobre présentation initiale de l'œuvre par le commentateur, le salut final, bref. Sur Wikipédia, l'article est catégorisé comme « œuvre pour piano ». Vraiment ?

Wikipédia a beau être un concept disruptif[3], ses contributeurs ramènent forcément avec eux leurs propres préjugés et préconceptions. Dans le cas des œuvres d'art, cela signifie qu'on peut définir un gabarit descriptif (nom, taille, auteur, etc.). Oh, bien sûr, ce n'est pas vraiment très grave : ça ne devient ennuyeux que lorsque ça commence à être préjudiciable à la rédaction. Là, le problème, c'est qu'on a un cadre pré-formaté dans lequel on suppose que vont tomber tous les exemples d'un sujet donné. Ça serait bien embêtant, quand même, de vérifier que l'hypothèse Sapir-Whorf peut-être appliquée à un wiki... Et puis vous imaginez les ennuis quand on arrive à l'art contemporain, genre l'art sonore ou du land art étalé sur des km² ?[4]

Où je veux en venir, donc ? Sur Wikipédia, on pond des éléments de rédaction structurants, des critères d'admissibilité, on case les articles dans des cases comme on peut. C'est OK, il faut bien bosser. Mais on oublie trop vite (ou, dans certains cas, on ignore sciemment) que ce cadre brise rapidement toute approche un peu différente. Et c'est justement les approches différentes qui ont fait le succès de Wikipédia. Il serait dommage que le projet d'encyclopédie universelle tourne au bout du compte à une auto-validation des a priori de la classe dirigeante occidentale contemporaine, non ?


[1] Rien de bien grave, ne vous en faites pas.
[2] Et, parmi ces tableaux imaginaires, des reproductions en miniature d'autres tableaux du peintre lui-même. Totalement méta.
[3] Je ne trouve pas la traduction « perturbateur » de l'anglais « disruptive » très bonne, désolé.
[4] D'ailleurs, la réaction traditionnelle face à ce genre de réalisation, c'est : « non mais c'est pas de l'art, ça. »

jeudi 19 juillet 2012

Rapports de force

La Wikipedia en anglais a dépassé les 4 millions d'articles. Je ne sais pas vraiment si vous êtes au courant, vu qu'on en a finalement assez peu parlé. Ça a fait peu de vagues, un peu comme s'il était devenu évident d'avoir tout plein d'articles sur en:. Ou alors, peut-être que personne ne se rend bien compte de l'énormité de la chose (en fait, je pense que peu de monde s'en rend vraiment compte).

Sur fr:, on plafonne à près d'1,3 millions d'articles. Bien sûr, c'est beaucoup. Mais c'est moins. Du coup, on se pose souvent des questions absurdes, genre « que faudrait-il faire pour rattraper les anglophones ? » (bizarrement, la réponse évidente : « traduire tous les articles d'en: manquants » n'est jamais envisagée sérieusement).

Plus tôt aujourd'hui, je me suis posé la question : « et au fil du temps, il évolue comment, le rapport ? ». Je suis rentré chez moi, j'ai abouti sur une page de stats idoine et je vous ai pondu le rapport entre le nombre d'articles dans une langue et celui en anglais, entre 2003 et 2012, pour l'allemand, le français, le néerlandais, l'italien, le polonais, l'espagnol, le russe, le japonais, le portugais et le suédois.



Le site ne donne les données qu'arrondies à la centaine près (voire la centaine de millier près quand ça dépasse le million), ce qui provoque ces oscillations un peu gênantes. J'ai estimé que ce n'était pas trop grave.

Je ne sais pas pour vous, mais il me semble qu'une fois un projet bien lancé dans une langue, le rapport a tendance à se stabiliser. Visiblement, la Wikipédia en français comportera toujours un tiers des articles de la Wikipédia en anglais.

Note : suivant l'l'excellent nojhan, j'ai utilisé la palette de couleur Solarized d'Ethan Schoonover et la police Liberation Sans. Et certains disent que je n'utilise pas assez de trucs libres...

mercredi 20 juin 2012

Législatives

Si vous habitez en France, vous avez peut-être entendu parler des récentes élections législatives qui viennent de se terminer. 577 sièges étaient à pourvoir et l'Assemblée a connu pas mal de mouvement.

Mouvement = nouveaux députés. Nouveaux députés = articles inexistants sur Wikipédia.

J'ai fait un tour sur tous les députés. Il se trouve que 82 d'entre eux ont vu leur article supprimé à un moment ou à un autre. 14% de l'Assemblée, quand même.

29 sont passés en pages à supprimer : 53 ont été supprimés suite à divers prétextes (suppression immédiate, hors critères, non encyclopédique en l'état, bac à sable, aucun intérêt, pour reprendre les explications données) : La palme revient probablement à Damien Abad, dont l'article a été supprimé pas moins de 10 fois : 4 fois hors critères, 3 fois pour PàS, 3 fois pour purge d'historique. Bravo.

La morale de cette histoire ? Il n'y en a pas.

mercredi 13 juin 2012

L'art contemporain n'existe pas



Sur ce blog, il y a un peu plus de 3 ans, j'évoquais en passant un économiste américain qui avait compté les apparitions d'œuvres d'art contemporaines dans les manuels d'histoire de l'art récents afin d'établir un classement des œuvres les plus influentes. Ce classement n'était pas accessible en ligne et c'était un peu dommage.

Je ne sais pas pourquoi ça m'est repassé par la tête récemment. Après une brève recherche, je suis tombé sur un type qui a fait la même chose avec quelques manuels, mais qui a eu la bonne idée d'en autoriser l'accès en ligne. Du coup, ça donne une liste de 100 œuvres plutôt pertinente, qui couvre un peu tout le 20e siècle (pour peu quand même qu'on se limite aux hommes blancs morts et qu'on ne cherche pas d'installation, de performance ou des trucs trop bizarres comme l'art sonore ; la méthode a forcément ses limites).

Comme on ne se refait pas, je suis allé voir ce qui existait dans Wikipédia à propos de ces œuvres. Vous vous en doutez : c'est la cata.

Visiblement, sur fr:, on ne semble pas considérer les œuvres d'art comme sujets à part entière. Les artistes, oui, certes ; leurs œuvres, non. Est-ce parce qu'on est un peu habitué à voir des artistes hanter les médias pour parler d'eux et pas de leur production ? Parce que l'œuvre nous semble annexe par rapport au nom de son créateur ? Ou simplement parce que l'art du siècle passé nous est tellement méconnu que nous ne pouvons citer aucun exemple, nous contentant de sortir des visages ? Toujours est-il que l'art contemporain est bien mal traité sur Wikipédia.

Du coup, je me suis mis en tête d'ébaucher chacune des 100 œuvres citées plus haut (je n'irai pas plus loin que l'ébauche, l'art n'étant pas ma spécialité). Tout est un peu à faire. Ici aussi, la peur du lien rouge sévit à fond : il me semble qu'aucun lien ne pointait vers les articles créés avant que je n'intervienne. Les listes d'œuvres d'un artiste, quand elles existent, sont incomplètes et insérées directement dans l'article principal sans aucune wikification (pour info, celles de De Chirico avant et après). La misère, je vous dis.

Et puis, quand on se penche un peu dessus, on sent que la question n'a jamais vraiment été abordée : les limites techniques sont nombreuses. L'infobox Art est sympathique, mais pas très vite limitée : que faire quand une sculpture est fondue à plusieurs exemplaires et qu'il est impossible de donner une seule localisation de l'œuvre, par exemple ? Et quand on aborde une série d'œuvres comme les Cathédrales de Rouen de Monet, doit-on créer un article pour chacune ? Quelle infobox utiliser ? Personne ne s'est visiblement interrogé sur le sujet. Ou alors je m'en fait trop, je ne sais pas.

D'un autre côté, c'est l'assurance d'avoir encore du boulot sur Wikipédia pendant quelques temps. C'est toujours ça de pris. Soyons optimiste.

PS : pendant que je créais de l'article, j'ai appris la mort de Georges Mathieu. Si vous être un français d'un certain âge, vous êtes déjà tombé sur l'une de ses œuvres, vu qu'il avait atteint un statut d'artiste quasi-officiel de la République française il y a une quarantaine d'années... Étonnant d'apprendre ça à ce moment là.

lundi 14 mai 2012

Créer du contenu sur Wikipédia

Plaque de cocher, Charenton-le-Pont, Seine
Tout a commencé par une simple plaque...

Ce blog parle essentiellement de Wikipédia parce que j'ai choisi de ne pas y raconter ma vie. Contrairement à ce que prétendent certaines personnes qui ont mis dans le mille qui ne cherchent qu'à médire de moi, j'ai une vie en dehors des projets Wikimedia. Par exemple, j'aime beaucoup me balader et le soleil renaissant m'y invite ces derniers jours. Et quand je me balade, il m'arrive de tomber sur des trucs sympas.

Hier, je longeais la rue de la Liberté à Charenton afin de rejoindre le bois de Vincennes quand à un carrefour, j'ai aperçu la plaque ci-dessus, accrochée au mur à bonne hauteur. Une plaque de fonte bleutée indiquant ma présence sur un chemin vicinal ordinaire, dans le département de la Seine. Bref, ça ne semble pas dater d'hier. Je la prends en photo, en balançant des regards sombres aux habituels passants soupçonneux qui n'ont jamais vu un appareil photo de leur vie. Je continue mon chemin. Et après un moment, je rentre chez moi.

Je développe la pellicule dans mon labo photo personnel, transférant directement le négatif dans l'ordinateur grâce à mon bac photographique à port USB. Et puis je sais pas, c'est dimanche, les oiseaux chantent encore alors je balance l'image sur Commons. Ça ne sera pas la photo du siècle, ni même une FP, mais ça me fait plaisir.

Et puis comme c'est dimanche et que les oiseaux chantent encore, je dégaine mon Google et je cherche voir un peu ce que c'est que cette plaque en fonte bleutée. Je trouve assez vite la réponse : c'est une plaque de cocher, un modèle indicateur installé en France vers la fin du 19e siècle, en hauteur pour que les cavaliers puissent les lire. Visiblement, il s'agit d'un des premiers exemples de signalétique de distance jamais mis en place à l'échelle d'un pays. La France en a compté plusieurs milliers à l'aube de la Première Guerre mondiale. Michelin les a bien sûr rendu totalement obsolètes, mais on continue à en trouver un peu partout.

Fichtre, me dis-je à moi-même tout seul. Et Wikipédia n'en parle même pas ? C'est quoi cette histoire ? Constatant que la question est évacuée d'un bref paragraphe dans l'article « Cocher (hippomobile) », je ponds rapidement une ébauche sur le sujet. Puis je crée la catégorie équivalente sur Commons et y rapatrie rapidos une vingtaine de photos. Du travail bien fait.

Une excellente façon de conclure le week-end, quoi.