mardi 26 octobre 2010

Administrateur, ou pourquoi ne pas se présenter

L'ami Pierrot vient de compiler certains arguments contre des derniers mois lors des élections au poste d'administrateur et ça vaut son pesant de cacahuète. Il semble que désormais, pour se faire élire, il faille débuter sur Wikipédia avec la mentalité d'un homme politique dont le but est de se faire élire. Bref, c'est délirant (mais fun).

On m'a souvent demandé pourquoi je ne me suis jamais présenté comme admin. La réponse est simple : vu ma façon de jouer à Wikipédia, je n'ai aucun besoin des outils liés à cette fonction. Par conséquent, je n'ai jamais eu envie de déranger le site avec une candidature.

Parfois cependant, j'ai caressé l'idée de présenter une candidature bidon, juste pour voir. Je ne suis pas passé à l'acte car la blague ne serait pas appréciée à sa juste valeur (comprendre qu'on m'en voudrait d'avoir fichu le souk ; le processus semble être pris bien trop au sérieux). Mais si je me présentais, j'aurais tout un tas de votes contre, et certains seraient probablement très insultants. Ce n'est pas très grave, parce que j'ai accumulé au fil des ans tout un tas d'inimitiés (j'avoue ne pas en comprendre la plupart, mais ça ne me gène pas plus que ça).

En réalité, ce qui m'empêche de me présenter au poste d'administrateur, ce sont les éventuels votes contre de personnes qui comptent pour moi. Là, oui, ça me ferait du mal. Parfois, il vaut mieux rester ignorant.

lundi 25 octobre 2010

Singavi

Wikipédia possède une liste des pays par point culminant. Malgré son titre, elle ne se limite pas aux simples pays mais inclut également différents territoires, en particulier les différentes possessions françaises d'outre-mer. L'intérêt d'une telle liste est bien sûr limité, mais tout ne peut pas posséder la gravité et l'importance d'un Vrai Sujet Encyclopédique de Fond, et l'anecdotique n'est pas à bannir de nos vies. Toutefois, il convient de le faire proprement.

En face de l'entrée Wallis-et-Futuna, le tableau indique : mont Singavi, 765 m. Par curiosité, je suis allé vérifier sur le Géoportail ; Wallis-et-Futuna étant une communauté d'outre-mer française, l'IGN en publie des cartes en ligne. Sur celles-ci, le site est formel : le point culminant de l'archipel se situe sur l'île de Futuna et il s'agit du mont Puke, par environ 520 m. Non seulement ce n'est pas le même nom, mais 30% d'écart pour l'altitude, ce n'est pas négligeable. J'aurais quand même tendance à faire confiance à l'IGN. D'où vient ce mont Singavi ?

La liste française est une traduction de son équivalent anglais, sur lequel le mon Singavi possède un article dédié. Une brève recherche permet de faire remonter l'origine de la liste anglaise au World Factbook de la CIA, une compilation de statistiques diverses sur les pays du monde fournie gracieusement par le renseignement américain. Intéressante, mais toujours à prendre avec des pincettes... La question, maintenant : d'où la CIA sort-elle ce mont Singavi ? Il existe bien sur Futuna le royaume de Sigave. Est-ce lié ? Mystère...

J'ignore quelle est la morale de cette histoire, si ce n'est qu'il faut se méfier même des sources les plus officielles. Je ne me fais pas trop de souci quant à l'altitude réelle du mont Puke car j'ai plutôt confiance en l'IGN. Toutefois, ça jette le doute sur le reste des entrées. Et tout ça pour quelque chose d'aussi simple et courant que les points culminants des pays...

vendredi 8 octobre 2010

Spomenik

En ce moment, j'ai pas mal de boulot. Toutefois, afin de me distraire entre deux livraisons logicielles bugguées, j'ébauche les différents hôtels particuliers de la place des Vosges. Et quand j'en ai marre des hôtels particuliers du 17e siècle, je cherche autre chose.

Hier, j'ai vu passer dans mon fil Twitter un lien vers ça. Ca, c'est la brève présentation d'une série photographique de Jan Kempenaers sur des monuments yougoslaves des années 1950 à 1970. Des bidules monumentaux en béton brut. Du futurisme. Du brutalisme. À la limite de la science-fiction.

Forcément, ça m'a plu et j'ai essayé d'en savoir plus. En cherchant un peu, on trouve les noms des auteurs et l'emplacement des oeuvres (par exemple, là ; oui, c'est en croate). D'où l'action suivante : créer les articles correspondants sur Wikipédia. Pour l'instant, j'en ai ébauché à gros traits trois : le Makedonium à Kruševo en Macédoine, le mémorial du camp de Jasenovac en Croatie et le monument à la Révolution de Podgarić, également en Croatie. De façon intéressante, il est possible de relier ces articles au reste de Wikipédia (en plaçant des images, en créant des wikiliens, avec des interwikis, etc.), signe que le projet commence à avoir une bonne couverture générale. Après, je ne parle pas de langue slave, donc c'est assez difficile de mettre un peu de chair sur mes squelettes d'articles. Espérons que ça donne des idées à certains.

Même après un million d'articles, il reste encore des sujets à creuser.

jeudi 23 septembre 2010

Prochaine étape : 220 !

Donc, le million.

Ce fut un peu longuet, mais on va finir par y arriver, à la millionième fiche sur la Wikipédia en français. Bien sûr, ça aura mis quatre ans de plus que sur en:, mais le résultat est là.

Maintenant, deux choses vont se passer.

La première : le millionième article ne sera pas assez bien. Pas digne d'une encyclopédie. Pas digne d'un projet culturel. Probablement ni fait, ni à faire. En plus, ça sera probablement une sale ébauche pourrie. (Pour info, le millionième sur en: était une gare. Même pas une gare connue, une simple gare de banlieue en Écosse. Et l'article initial était une sale ébauche.)

La seconde : désormais, le projet sera terminé, il n'y aura plus aucun sujet, on aura tout fini, tout éclusé, tout écrit et il faudra se concentrer sur l'existant. Faire passer le nombre d'AdQ de minuscule à risible, par exemple. Ou bien virer toutes ces fiches sans intérêt qui dénaturent le projet. Revenir au fondamentaux, quoi. (Évidemment, en: possède deux fr: et demi d'articles en plus, mais c'est pas vraiment des articles, donc ça compte pas.)

Bref, vous l'avez compris, le passage à sept chiffres va être l'occasion rêvée pour tous les pleureurs de pleurer encore plus. Alors, bien sûr, on pourrait se dire que c'est un putain de projet génial avec lequel on s'amuse trop bien, qu'on a foutu la pile à tous les détracteurs, que ça marche du feu de Dieu et qu'en plus on n'a toujours pas atteint les limites du bidule, mais ce serait probablement trop optimiste. Et l'optimisme, tout le monde vous le dira, c'est pour les abrutis, car tout est toujours perdu d'avance et si ce n'est pas parfait dès le début, ça ne sert à rien d'essayer.

Personnellement, je n'irai pas bouder mon plaisir. Je suis content que ce projet, dans lequel je me suis quand même investi depuis plus de six ans, continue à progresser.

Allez, puisqu'on y est, voici un de ces articles improbables qu'on ne peut trouver que sur Wikipédia : la boulangerie-patisserie Beaumarchais. Oui, c'est une simple boulangerie parisienne. Mais elle est inscrite aux monuments historiques. Pour en arriver à la création de l'article, il a fallu qu'un projet se monte, qu'on tâtonne pour trouver comment écrire sur des sujets de ce genre, qu'on se rende compte qu'on peut pondre des articles comme ça, que quelqu'un prenne une photo, éprouve l'envie d'en parler et se mette derrière son clavier. Une logistique complexe. Certes, ce n'est probablement pas l'article le plus important du monde : et alors ?

jeudi 2 septembre 2010

Fight the Powah![who?]

J'étais en train de lire un texte d'OWNI sur l'absence des intellos français sur Internet (enfin, plus exactement, leur refus d'être présent sur Internet). Bon, OK, mais qui se préoccupe encore des intellectuels français parisiens germano-pratins (j'ai plus d'adjectif pertinent, Saint-Germain-des-Près est redevenu un quartier ordinaire de Paris depuis des décennies) ?

J'imagine que ça doit être assez difficile à concevoir pour certains de mes lecteurs, mais je vis dans un monde totalement désintellectualisé, d'où les institutions sont absentes. Ici, l'État est une abstraction se réduisant à ses interfaces administratives, les gouvernements ont autant impact que si je vivais au bord du désert des Tartares et les discours tenus par les personnes autorisées me parlent autant que ceux des Tubular Brainers dans l'Arche de Captain Blood[1].

Dans un texte cité par le billet d'OWNI, j'ai trouvé la citation suivante, que je trouve assez descriptive : « La culture numérique est née d’ingénieurs surdoués mais plutôt rustauds (accessoirement : n'ayant pas lu La Princesse de Clèves, ils sont l'incarnation parfaite de cette middle class méprisée par nos intellectuels). »

Je me suis déjà exprimé il y a quelques mois sur ma propre rusticité et ma propre condition de fils de middle class sans passé ni culture. Il se trouve que je n'ai pas lu La Princesse de Clèves (par pur hasard, j'ai lu d'autres bouquins ; et puis ma grande sœur m'avait dit que c'était super chiant) et que j'ai un diplôme d'ingénieur (qui ne m'a d'ailleurs jamais vraiment servi). J'ai grandi dans des classes de fils et filles d'enseignants intégralement dédiés à l'entrée dans des Grandes Écoles. Probable que mon comportement adulte est une réaction au sentiment d'aliénation que je n'ai pas manqué d'éprouver à l'adolescence.

Toujours est-il que le discours intellectuel français standard me passe complètement au-dessus de la tête. Certes, il m'agace un peu (qui ne serait pas agacé quand on lui fait comprendre qu'il doit faire partie d'une culture tout en sachant qu'il en sera éternellement exclu ?[2]), mais il est quand même bien bénin. Je sais bien que la Vraie Vie n'est pas là. Que quand la France disparaitra complètement de la pensée mondiale[3], ça ne sera pas bien important, que la France fut juste un pion brièvement promu comme reine avant d'être retiré de l'échiquier. Tout ceci ne changera rien pour moi, ni pour les dizaines de millions de mes concitoyens.

La seule chose que je sais, c'est que tout le monde aime votre culture, mais que personne n'ira jamais la défendre à votre place. Ce n'est même pas une question de protection, d'exception culturelle, d'impérialisme ou n'importe quoi. Bref, l'hystérie anti-Internet, ce n'est pas seulement à côté de la plaque, c'est également le meilleur moyen pour disparaitre totalement. Peut-être est-ce l'objectif ? Le désir de mort n'est pas quelque chose d'abstrait.

De mon côté, Wikipédia, c'est un peu ma façon de faire vivre ma culture à moi (une culture hétéroclite, qui contient même de vrais morceaux de Grande Culture). Ce n'est pas la seule, mais c'est le sujet de mon blog, donc je ne parlerai que de ça. Ça me procure également le sentiment gratifiant de m'opposer à l'establishment sans avoir à lancer de pavés. L'affreuse vérité, c'est que je ne me soucie pas de promouvoir la Culture ou la Mémoire ou je ne sais quel autre grand mot avec une majuscule au début. Si je fight the powah, c'est un sous-produit, une conséquence annexe, un cadeau bonus, un truc cool en plus.

Malgré tout ça, malgré mon passé, malgré mes origines, malgré mon environnement, je n'ai aucune justification particulière pour contribuer à Wikipédia, mis à part que c'est fun. Il parait que c'est mal et que c'est un exemple de plus de la démission politique des personnes de mon âge. Euh, certes, et alors ?

C'était un billet de blog complètement décousu, écrit sur une dizaine d'heures au milieu de plein d'autres choses. La seule chose que je voulais dire, c'est : je n'intellectualise pas Wikipédia. Voilà.


  1. ↑ Félicitations à ceux qui pigent la référence.
  2. ↑Et je suis très très loin d'être le plus exclu dans l'histoire.
  3. ↑En supposant que ce n'est pas déjà le cas, bien sûr.

mardi 31 août 2010

Le point de vue officiel n'est jamais qu'un point de vue

Dans l'épisode précédent, je vous parlais en coup de vent de tout le mal que je pense du terme « officiel ». Comme je n'ai rien d'intelligent à dire, autant partir là dessus pour alimenter mon blog.

Officiel, -elle, adj. et subst. : qui émane du gouvernement ou d'une autorité administrative reconnue

Dissipons d'emblée un malentendu. Malgré mon anarchisme bas-du-front chronique et mon mépris moqueur pour l'autorité et les administrations, je reconnais qu'il est parfois utile d'avoir des normes ayant valeur légale, histoire qu'on soit capable de se comprendre, nous tous, la Société des gens qui vivent les uns avec les autres. Néanmoins, ça s'arrête là. En particulier, j'évite d'utiliser ce terme comme synonyme de « vrai ».

Sur Wikipédia, on a un bidule appelé « neutralité de point de vue » que personne ne comprend jamais. L'idée, c'est de mentionner tous les points de vue pertinents. En pratique, c'est totalement contre-intuitif (le cerveau humain doit être câblé ainsi). Pour compenser, j'imagine qu'on essaye toujours de rendre un point de vue supérieur en le qualifiant de « vrai », parce que si c'est vrai, les autres points de vue sont faux et ne doivent pas être mentionnés (une tactique absurde quand on regarde le concept de NPOV, mais globalement ça marche). Et quoi de mieux que le point de vue officiel de l'instance supérieure pour renvoyer tous les contradicteurs dans les cordes ?

Je soupçonne que derrière cette recherche de l'officiel, se cachent un vrai désir d'autorité et une vraie peur du vide. L'autorité pour être certain que quelqu'un vous confirme que ce qu'on vous raconte est juste (ou, à l'inverse, que vous puissiez affirmer qu'on vous ment), la peur du vide pour éviter de se dire qu'il pourrait ne pas y avoir de réponse définitive. Dans les deux cas, ça part du principe qu'il existerait quelque part un endroit où seraient rangées la totalité des vraies versions de tout. Malgré tout ce qu'on essaye de vous faire croire, ce n'est pas correct.

Wikipédia n'est ni une administration, ni un service d'enregistrement des décisions de l'État. Le point de vue officiel est probablement pertinent, mais il est rare qu'il soit le seul. Arrêtons un peu de balancer de l'officiel n'importe comment.

mardi 24 août 2010

Point zéro

Le truc formidable, avec Wikipédia, c'est qu'on finit par placer des {{refnec}} partout dans sa tête. Parfois on a envie d'en placer également sur Wikipédia, ce qui est moins formidable quand même.

Il existe un médaillon[1] incrusté devant Notre-Dame de Paris, sobrement intitulé « point zéro des routes de France ». Tout Vrai Français sait que c'est à partir de ce point qu'on mesure la distance routière en France. D'ailleurs, l'article nous le dit : il s'agit du « point de départ officiel des routes au départ de Paris ». C'est officiel, donc c'est forcément Vrai[2].

Problème : y'a aucune source. Un peu plus haut, on nous apprend que la borne aurait été installée le 10 octobre 1924. Ou le 22 janvier, on sait pas trop. Et qu'avant, tout le monde aurait discutaillé pendant 12 ans pour savoir s'il fallait matérialiser ce point...

Bref : ce que ce point représente exactement, on n'en a visiblement aucune idée. Pourquoi cet endroit ? Jusqu'où servait-il de référence ? D'ailleurs, on prenait quoi comme référence avant l'installation de la borne ? Et ça date de quand, ces mesures ? Et ça veut dire quoi, « point de départ officiel » ? Refnec, comme on dit chez nous...


  1. ↑ Un jour, il faudra que je crée la liste des médaillons incrustés dans le sol de Paris : il y en a des tas...
  2. ↑ Je compte écrire un jour un billet sur l'urticaire géant que provoque chez moi la vision du mot « officiel » sur Wikipédia.