vendredi 16 décembre 2011

Culture clash

Connaissez-vous la différence fondamentale entre Wikipedia en anglais et Wikipédia en français ?

Elle est très simple. On la trouve sur la barre de navigation, à gauche.

Voici la française :


Voici l'anglaise :


Comme vous pouvez le constater, il n'y a pas énormément de différences. Mais le fossé qu'elles masquent, lui, est immense.

jeudi 15 décembre 2011

Un message de Poulpy, contributeur notoire

Voilà dix ans que Wikipédia existe en langue française !

Dix ans au cours desquels j'ai partagé un peu de mes obsessions, écrit des articles superfétatoires, reverté une phrase, supprimé une source, ou simplement glandé sur le Bistro. Dix ans pour rédiger le plus grand corpus jamais créé sur tout un tas de sujets parfaitement inutiles, en révolutionnant l'expression de la monomanie, en faisant confiance aux capacités, à la rigueur, aux connaissances et compétences des geeks ultra-spécialisés dans des domaines qu'eux seuls comprennent.

Dix ans au cours desquels Wikipédia est peu à peu entré dans ma vie, dans celle de mes proches et de mes (alors futures) exs. Vous y avez cherché une info utile avant de tomber sur une page dont vous ne pouviez même pas soupçonner l'existence (oui, le Sahara occidental compte facile trois capitales, dont un camp de réfugiés même pas situé sur son territoire) : vous êtes forcément tombé un jour sur un article du genre, juste avant de vous dire « mais qui peut trouver le temps d'écrire des trucs pareils ? »

Or, toute proportion gardée, j'ai joué un certain rôle dans ce formidable projet. Grâce à une vie personnelle moins vivante et volontaire que jamais, Wikipédia francophone propose une tétrachiée d’articles sur énormément de sujets. Des points extrêmes du Vatican aux astéroïdes de moins de 10 m de diamètre, j'ai été appelé à constituer une pierre angulaire du savoir inutile, une pure compilation de fantasmes nerds. L'absence quasi-totale de contrôle qualité m'a amené à travailler sur un tas de sujets complètement déconnectés... Franchement, quand je vois que Wikipédia est de plus en plus utilisé à l’école, j'avoue que je flippe parfois (mais j'oublie aussi vite).

Pourtant, jamais une publicité n’a été affichée sur le site : Wikipédia n’a et n’aura jamais de vocation commerciale (faut dire qu'on voit pas super trop comment avoir un business plan potable avec des ébauches sur les frontières maritimes internationales, sinon c'est aux Bahamas que j'écrirais ces lignes, pas dans la banlieue nord de Paris). Nous avons jugé que c’était le meilleur moyen pour que le projet demeure un lieu d’échange indépendant, entièrement voué à son but premier : la centralisation complète des anciennes pages perso Geocities et Multimania. C’est aussi pour cela que Wikipédia a besoin de vous : pour acheter des serveurs d’une capacité aussi grande que nécessaire, permettre aux bénévoles de continuer à écrire n'importe quoi sans se préoccuper des conséquences.

Où va votre don ?

Infrastructure et logiciel : maintenir l'infrastructure de Wikipédia (5e site le plus visité au monde) parce que sinon on râle et ça fait jaser.
Conférences, ateliers et presse : rencontres périodiques entre alcoolos de régions distinctes.
Partenariats : avec des salles de bar qui nous laissent délirer autour d'une bière sans nous foutre dehors avant la fermeture.
Soutien à la communauté : aider les contributeurs à ne pas se sentir seuls, leur éviter la dépression.

Les structures française (Wikimédia France) et américaine (Wikimedia Foundation), toutes deux sans but lucratif, marchent pour cela la main dans la main et le poing dans la gueule. Fidèles à la transparence de la valeur de Wikipédia, nous certifions que nos comptes ne nous conduirons par chez le commissaire.

Voici dix ans que, tous ensemble (enfin, faut avouer que surtout nous), nous avons un peu fait changer le monde en permettant à des types désœuvrés de continuer à vivre en valorisant leurs compétences étranges et leurs savoirs débiles, et de le partager sans risquer la taule pour détournement de mineur. Ensemble, nous progressons chaque jour : imaginez où nous en serons dans dix ans ![1]

Participez vous aussi à la plus grande aventure humaine actuelle : banquez pour un don !

([1] dtc)

dimanche 27 novembre 2011

Lifting Up a Wikipedian

Tant de Wikipédias, et pas une qui ne fonctionne normalementCe soir, tous les sites Wikimedia se sont soudainement endormis (comme l'indique cette capture d'écran de Wikipulse). Il a fallu un bon quart d'heure pour les réveiller. J'entends d'ici les mauvaises langues nous dire que c'est parce que le fundraising annuel est lancé. (Tiens, du coup, j'imagine le poste du type supposément chargé de débrancher aléatoirement le cordon chez WMF... « Ch. tireur de câbles pr. contrat 2 mois. Rémun. à décider par consensus. Amateurs de cuir appréciés. »)

Et puis j'ai vu passer ce tweet de southgeist : « Wikimedia. STP, invente quelque chose comme la fail whale. »

La Fail Whale, pour ceux qui l'ignorent, est l'image affichée par Twitter lorsque le service est en rade. C'est une baleine souriante et endormie, soulevée par huit oiseaux, une façon originale et sympathique de demander au client du site d'attendre. Et pour la petite histoire, l'illustration originale est de Yiying Lu, s'appelle Lifting Up a Dreamer et possède son propre article.

Fail Whale !Avouez que c'est plutôt choupinet.


Et si nous devions produire un équivalent wikipédien, que choisirions-nous ? Le Ponéfail ? Le Fail Octopus ?

mercredi 2 novembre 2011

Répartition des photos prises pendant Wiki Loves Monuments

« Alors, ouiiiiii, le concours Wiki Loves Monuments va y avoir des photos que de Paris, Rennes ou Toulouse et puis de toute façon c'est un truc de bobos branchouilles et y'en aura que pour les mêmes comme d'habitude et je sais même pas pourquoi je continue à participer à ce projet etc. etc. etc. »

J'ai donc dégainé Perl et j'ai écrit deux-trois scripts sur le coin de mon écran histoire d'en savoir plus.

Voici la répartition des communes de France métropolitaine. J'ai tiré les coordonnées des articles correspondant sur Wikipédia. Donc, ici, un point = une commune.
Localisation des communes en France métropolitaines

Comme vous le voyez, la répartition des communes n'est pas homogène sur tout le territoire, mais tient compte de la géographie et de l'histoire (ça serait sûrement un très beau sujet d'études). Je tiens à signaler que la carte comporte certainement des erreurs, vu que j'ai fait ça à la hache et à la va-vite.

Maintenant, la répartition des monuments historiques. Sur la carte suivante, j'ai conservé les communes qui possèdent au moins un monument protégé sur leur territoire.
Localisation des communes françaises possédant au moins un monument historique

Je trouve que cette deuxième carte suit étonnamment la première. Autrement dit, que les MH suivent plutôt bien la répartition des communes sur tout le territoire. Alors, bien sûr, je n'ai pas indiqué le nombre de MH, donc c'est un peu plus compliqué que ça. Mais quand même.

Pour finir, j'ai sélectionné ci-dessous les communes dont un MH a été photographié pendant l'opération Wiki Loves Monuments (agrandissez l'image, on ne voit plus rien).
Localisation des monuments historiques photographiés pendant Wiki Loves Monuments 2011 en France

Je ne voudrais pas dire, mais je trouve qu'on a bien bossé.

(PS : Je m'excuse pour les département d'outre-mer, je n'ai pas eu le temps de les inclure.)

mardi 1 novembre 2011

Petit patrimoine

Le banc du passeur, à Saint-Maur-des-FossésJe crois bien qu'à la base, c'est un peu la faute de Pymouss. Après tout, c'est lui qui avait la manie de photographier des bâtiments symboliques : les mairies, les églises et tout ça.

Il y a le Patrimoine. Celui qu'on protège à grands coups de lois. Celui dont on parle. Celui qu'on recense. Celui qu'on photographie en septembre lors de concours. Le Vrai™ Patrimoine, le pur, le tatoué du Sens de l'Histoire au coin de sa pierre de taille. Celui qui déplace les touristes. Celui qu'on admet immédiatement sur Wikipédia sans même passer par la case PàS.

Et puis, il y a l'autre patrimoine, avec une minuscule au début du mot. Lui, on ne le remarque pas vraiment : il fait plutôt partie des meubles. Bien souvent, il ne viendrait pas à l'esprit d'en parler. Ce peut être une simple statue dans une niche, au dessus de la porte d'un immeuble. Ou une pierre bizarre dans un champs. Une vue particulière. Un passage entre deux maisons. Un établissement de quartier. Un rond-point décoré. Une sculpture au coin d'une rue. Certes, il n'est pas protégé et disparait régulièrement au fil des refontes urbanistes, mais il participe tout autant que son grand frère à l'identité culturelle.

Quand j'étais adolescent, je me posais souvent des questions sur ces zones particulières. J'avais l'impression qu'elles n'intéressaient personne : elles se contentaient d'exister. Si elles acquéraient une signification, c'était purement personnel. Et puis Internet est arrivé, le Grand Rapprocheur. J'ai découvert petit à petit que ce petit patrimoine intéresse en réalité tout un tas de monde. Tenez, par exemple, voici quelques sites qui traitent de sujets spécifiques sur la question :
  • L'incomparable Clochers de France, qui recense près de 40 000 lieux de culte, mentionne le saint patron et fournit des photos 4 fois sur 5.
  • The Megalithic Portal (en anglais) et Mégalithes du monde (en français), pour les vieilles pierres.
  • Trompe l'œil, sur les murs peints, les fresques, les graffitis et les trompe-l'œil. Sûrement le plus éphémère de tous
  • Topic Topos (uniquement en Alsace, Bretagne et Île-de-France), qui rédige des notices intéressantes sur tout un tas d'édifices, protégés ou non.
  • Petit Patrimoine, qui traite précisément du patrimoine non protégé.


J'ignore si le petit patrimoine a sa place sur Wikipédia. Après tout, sa caractéristique, c'est d'être personnel et peu connu (sinon, ce serait un grand patrimoine). Oh, ça permet de constater que le site a bel et bien une politique éditoriale. Que d'autres sites en choisissent des différentes, c'est bon signe, après tout.

Et pour la petite histoire, la photo représente le banc du passeur à Saint-Maur-des-Fossés, un banc en céramique construit lorsque les ponts voisins n'existaient pas. Pour appeler le passeur et traverser la Marne, on sonnait la cloche (disparue) et on attendait. J'ai découvert ce bidule par hasard. Une tranche d'histoire locale.

mardi 11 octobre 2011

Libérez nos données !

Une carte, en CC-BY-3.0C'est l'histoire d'un type qui crée une application pour mobile. L'idée derrière Check My Métro, c'est de permettre de laisser des commentaires localisés sur ce qui se passe dans les métros. Jusque là, ça roule.

Et puis, le type ajoute de nouvelles fonctionnalités pour la version iPhone. En particulier, il fournit la carte du métro parisien et les horaires des passages suivants des métros dans une station donnée. Le problème, c'est que la carte n'est pas du tout libre de droits et qu'il va directement taper sur le site de la RATP pour les horaires. Et là, ça cesse de rouler. La RATP contacte directement Apple et demande le retrait de l'application. La plainte est standard : copyright infringement, assorti d'un droit des bases de données pour la lecture des horaires. Après tout, la société possède sa propre appli (payante) qui propose les services en question. Il n'y a pas grand chose à opposer à la RATP (qui, effectivement, est totalement dans son droit) et les fonctionnalités litigieuses sont retirées.

Alors, bien sûr, on pourrait se demander si le but d'un établissement assurant la gestion d'une activité de service public (le transport des Franciliens d'un bout à l'autre de Paris) est bien de vendre des applis sur l'iPhone et d'empêcher les citoyens de faire ce qu'ils veulent pour le reste. Mais ce n'est pas vraiment la question.

Comme le concepteur de Check My Métro ne perd pas le nord, il lance Check My Map, un concours destiné à créer des cartes du métro parisien. En CC-BY-3.0. Et c'est probablement là, la nouveauté. Certes, il pourra utiliser toutes les cartes pour son appli, mais tout le monde le pourra également pour tout et n'importe quoi, sans demander. Du coup, la première carte, on la retrouve sur Commons.

Peut-être l'occasion d'améliorer un peu de contenu de la catégorie Maps of Paris Metro ?

lundi 3 octobre 2011

Le contributeur à Wikipédia, cet abruti qui ne comprend rien et dont il faut profiter

Ce n'est guère que l'année dernière que je me suis mis à créer des listes de monuments historiques. J'ai eu droit à des mises en garde diverses. On m'a accusé de me livrer au pillage. On m'a fait comprendre qu'à cause de moi, Wikipédia aurait sûrement des problèmes pour communiquer avec le Ministère de la Culture. On m'a insulté, souhaité ma mort à mots voilés, souhaité ma dénonciation aux autorités à mots pas voilés du tout. Au début de septembre, j'ai découvert que le site Wiki Loves Monuments citait explicitement mes listes dans le cadre du concours. Je me suis rappelé alors tout ce qu'on m'a balancé à la figure à l'époque. Parfois, j'ai un peu l'impression d'être pris pour un con.

Autre façon de raconter l'histoire : j'ai eu une bonne idée. Malgré des réticences initiales, elle a convaincu les sceptiques. Elle a été enrichie et a donné lieu à quelque chose de formidable que personne n'aurait imaginé à l'époque.

Je tends à privilégier la deuxième version de l'histoire. Néanmoins, je garde toujours la première dans un coin de l'esprit.